• " De livre en livre, tu ne nous désignes pas d'issue ! " s'est un jour entendu dire Tassadit Imache. C'est bien de remuer la boue, l'histoire coloniale, la guerre d'Algérie et le racisme qui en découlent, sans oublier les deux gamins qu'on a laissés mourir à Clichy-sous-Bois en 2005. Mais à condition de nous dire comment en sortir... A l'occasion de la mort de sa mère, une ouvrière française tombée amoureuse d'un ouvrier algérien en pleine guerre d'Algérie, qui l'avait encouragée à écrire pour dire tout ce qui l'avait toujours elle-même étouffée, l'écrivaine s'interroge.
    Pourquoi écrit-elle ? A quoi participe-t-elle en le faisant ? A-t-elle le droit de le revendiquer ? Va-t-elle lutter contre ceux qui cherchent à la faire taire, ou finir d'écrire ?

  • La promenade goudronnée serpente entre les pelouses jusqu'au lac. Le manège doré n'est pas encore ouvert. À quelques mètres de là, les petits chevaux de bois à pédales attendent sagement, alignés en rangs. Décor immuable pour une enfance de carte postale, songe Bianca. Nous, à l'origine, on vient de cette smala improbable qui courait pieds nus sur le lino du living le dimanche avec sarbacanes et lance-pierres, bouclés toute la journée à l'intérieur, à attendre le massacre de Fort Alamo. Des visages blêmes en lutte féroce contre le vide et la désolation. Une tribu victorieuse à un moment.
    François et Bianca, qui avaient failli se perdre, se retrouvent autour de la mort de leur petit frère, Tahir. Le long du lac où ils ont passé une partie de leur enfance et où Tahir s'était installé, leurs errances font ressurgir chez l'un et l'autre des morceaux d'histoire qu'ils avaient cru pouvoir oublier, de la guerre d'Algérie à la première « affaire du voile » en 1989 en passant par le départ soudain de leur mère, qui les a laissés se débrouiller seuls.
    Assignés à des identités aussi floues qu'étouffantes, sommés sans cesse de dire qui ils sont, réclamés par des clans, positionnés de force le long d'une ligne de front, ces coeurs lents, avides d'amour autant qu'ils s'en méfient, aspirent par dessus tout à creuser, en individus libres, leur propre sillon.

  • Presque un frere

    Tassadit Imache

    Les Terrains, c'est comme une presqu'île sur le point de se détacher, mais qu'un quart d'heure d'autoroute relie encore au continent, et comme une prison où chacun expierait une faute que personne n'aurait commise.
    Ainsi du Troupeau, choeur de jeunes garçons soudés les uns aux autres, qui déambule, piétine et court des toits aux sous-sols, cherchant jusqu'au bord du vide le corps à corps avec le gardien des lieux. Les autres ? Pascal, le poète métis et bègue, s'est retranché dans sa chambre et voué aux mots. Lydia s'est enfuie. Edy, le garçon du bloc d'à côté, est revenu enquêter sur la blessure originelle qui a ruiné sa propre tentative d'évasion.
    Sabrina, qui se dit " sa soeur tout entière à cause du sexe ", révèle un visage d'écorchée dans la furtive vérité des étreintes. Survient Bruno : voyeur, bâtard, ce fils des beaux quartiers reconnaît de l'intérieur le malaise de ceux des Terrains. Presque un frère. Habités par la rage ou le désespoir, portés par une langue très contemporaine qui réinvente, au temps présent, une véritable scène tragique, les personnages de Tassadit Imache vivent, à fleur de nerfs et dans l'urgence, ce moment périlleux où, juste avant l'affrontement, vie et mort peuvent encore se séduire.
    Née en 1958 à Argenteuil, Tassadit Imache a déjà publié : Une fille sans histoire (Calmann-Lévy, 1989), et, chez Actes Sud, dans la collection " Générations ", " Le Dromadaire de Bonaparte " (1995) et " Je veux rentrer " (1998).

  • Parce qu'elle cherche à faire dire à sa mère un secret que celle-ci lui aurait toujours dissimulé, Michelle, à quarante ans, entreprend d'exhumer "toute l'histoire". Pour l'écrire, déclare-t-elle. Héritière de trop de silences, Michelle - fille de pauvres, fille d'immigré - s'efforce en vain de répartir et nommer les ombres pour faire pièce, enfin, aux images confuses et inquiétantes qui la hantent, dont le ressassement finit par rendre intraduisible l'histoire vécue ou suspect tout récit qui voudrait en rendre compte... Mais, douloureuse, compulsive, la quête des traces, brouillées, de l'histoire personnelle dans les temps difficiles de la guerre d'Algérie et des premiers HLM de banlieue entraîne Michelle sur un chemin où sa raison bascule... De quelle histoire sommes-nous tentés de demander, à ceux qui nous ont engendrés, un récit "définitif', et à quel moment convient-il de renoncer à l'illusion de la transparence entre les êtres ? Loin d'un rêve d'immaculée généalogie, Tassadit Imache répond à ces interrogations au fil d'une méditation singulière qui substitue au mythe d'une vérité univoque l'avènement d'une identité en permanent devenir.

  • Je veux rentrer

    Tassadit Imache

    A trente-trois ans, Sara travaille dans un service d'aide sociale et a accepté une mission qui a de faux airs de week-end à la mer : accompagner deux enfants qui doivent prendre possession des effets de leur mère, tragiquement disparue.
    Mais rien ne se passe comme prévu et Sara se retrouve avec deux orphelins méfiants, errant dans un cimetière à la recherche de la tombe d'une certaine Patricia Loiseau, ancienne fugueuse d la cité des Coquelicots. Le destin d'une autre, décide Sara, qui depuis son retour à Paris vacille. A-t-elle jamais cessé d'être une fille de la cité des Bleuets ? Suffit-il d'habiter un immeuble en pierre de taille entre les murs de la capitale pour tirer un trait sur ses origines et son histoire ? Dans ce roman d'une jeune femme en fuite, Tassadit Imache, loin des discours convenus sur le métissage et la fracture sociale, pose de troublantes questions sur la manière dont chacun cherche à se construire une identité acceptable - au prix de quels mensonges, de quelles impostures ? -, quitte à inventer ses repères et ses désirs dans une société en perte de liens.

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