• L'expression « lanceur d'alertes » a été forgée en janvier 1996 par Francis Chateauraynaud lui-même. À l'origine, elle était destinée à dépasser des notions trop réductrices : la prophétie, entachée d'irrationalité ; l'alerte technique, résultant de protocoles ; la dénonciation ou la révélation du scandale, dépendant de la légalité ou de la légitimité d'une situation. Or, comment désigner les personnes ou les groupes qui, rompant le silence, passent à l'action pour signaler l'imminence, ou la simple possibilité, d'un enchaînement catastrophique ?

    Depuis, la formule a fait florès. Venant remplir un vide conceptuel, elle est aujourd'hui utilisée plus ou moins précisément dans de multiples contextes, souvent comme traduction du terme anglo-saxon whistleblower. Francis Chateauraynaud saisit ici l'occasion d'en repréciser les contours. Un lanceur d'alerte ne devrait-il pas être celui dont l'alerte s'oriente vers un intérêt collectif, un bien commun, une valeur universalisable ?

  • Le surgissement de controverses ou de causes collectives dans l'espace public est souvent traité comme le produit de stratégies médiatiques ou d'instrumentalisations politiques, par lesquelles des groupes parviennent à imposer des enjeux et modifier un rapport de forces. Mais comment des porteurs de cause peuvent-ils atteindre des cibles souvent hors de portée ? A travers l'analyse de multiples dossiers, cet ouvrage modifie le regard porté sur les processus de mobilisation qui sous-tendent la constitution des problèmes publics. Contribuant au renouvellement des méthodes de la sociologie pragmatique, il s'intéresse aux longs processus par lesquels se forment et se déforment des jeux d'acteurs et d'arguments dont la portée change au fil du temps. Exposée dans toutes ses conséquences théoriques, cette démarche articule une sociologie argumentative, qui prend au sérieux la formation des arguments, et une balistique sociologique décrivant à la fois les trajectoires visées par les acteurs et les trajectoires effectivement produites au fil des confrontations.
    Comment naissent de nouveaux arguments et comment résistent-ils à la critique ? Peuvent-ils circuler sans altération, une fois propulsés dans des univers turbulents, livrés aux jeux de pouvoirs qui affectent durablement le sens des causes et des mobilisations ? Comment se distribuent les capacités d'expertise et quelles sont les formes de légitimité ou d'autorité reconnues par les protagonistes ? Comment se forme l'accord sur les preuves et comment s'élaborent les visions du futur ? Pour examiner ces questions, l'auteur prend appui sur de nombreux dossiers controversés, du nucléaire aux OGM, de l'amiante aux nanotechnologies, des pandémies virales au changement climatique, ou encore sur des mouvements sociaux comme les intermittents du spectacle ou les chercheurs en colère

  • Au niveau des élaborations savantes, deux disciplines sont directement concernées par un objet tel que la faute professionnelle : le droit et la sociologie du travail. Or la rupture est totale entre les deux domaines de compétence. Cette rupture s'éclaire lorsque l'on examine la formation, en France, à la fin du xixe siècle et au début du xxe des catégories juridiques relatives à l'activité professionnelle...

  • Le volume présente une pluralité d'approches, allant des pratiques qui produisent les sources à la généalogie de la pensée de l'action et de « la pratique ». Sont aussi traitées les formes de l'enquête qui peuvent faire controverse et les réinterprétations des catégories sociales par les acteurs eux-mêmes. D'autres cas d'études portent sur les expériences de réactivation de pratiques du passé et les problèmes qu'elles posent à l'écriture historienne. Au-delà de leurs différences épistémiques, ces démarches ont en commun de proposer des chemins de recherche et d'enquête qui rompent avec les versions téléologiques de l'histoire. Elles explorent des configurations qui n'enferment jamais complètement les acteurs, même lorsqu'ils opèrent dans des mondes contraignants, qu'il s'agisse d'institutions, de structures et de groupes sociaux, de concepts et de catégories cognitives.

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