• «Il y a dans les afflictions diverses sortes d'hypocrisie. Dans l'une, sous prétexte de pleurer la perte d'une personne qui nous est chère, nous nous pleurons nous-mêmes ; nous regrettons la bonne opinion qu'il avait de nous ; nous pleurons la diminution de notre bien, de notre plaisir, de notre considération. Ainsi les morts ont l'honneur des larmes qui ne coulent que pour les vivants... Il y a une autre espèce de larmes qui n'ont que de petites sources qui coulent et se tarissent facilement : on pleure pour avoir la réputation d'être tendre, on pleure pour être plaint, on pleure pour être pleuré ; enfin on pleure pour éviter la honte de ne pleurer pas.»

  •    Un moraliste ? Nullement. C'est un romancier, le premier en date de nos romanciers. Tout lui vient de l'imagination, de la brusque perception qu'il a d'un sentiment humain par la capture d'un regard ou d'un mot. Chacune de ses maximes est une intrigue découverte. Au lieu de développer l'histoire, il la réduit, lui donne une articulation, l'incline selon son humeur.

       Cette humeur est sombre. C'est que, dans le monde, là où il vit, on ne pénètre un peu profondément les êtres que par les défaillances et les ruptures..Jacques de Lacretelle.    Le premier grand livre de la Prose française.Voltaire.

  • L'auteur des Maximes a laissé des Mémoires qui sont, avec ceux de son vieil adversaire, le cardinal de Retz, les plus remarquables du XVIIe siècle. Leur succès est attesté par la trentaine d'éditions qui en paraît de 1662 à la fin du XIXe siècle. L'oeuvre couvre les années 1629-1652, de l'entrée de l'auteur à la cour - il a seize ans - à la fin de la Fronde. Chevalier servant de la Reine, il s'aliène Richelieu, et il ne sera pas moins en butte à Mazarin, qu'il attaque dans un violent et brillant pamphlet, l'Apologie de M. le prince de Marcillac. L'ensemble tient à la fois de l'histoire, de l'autobiographie et, la période s'y prêtant, du roman d'aventures. A la différence de la volubilité de Retz, l'écriture rend compte, avec une grande et belle sobriété, d'un temps où les conflits et les batailles, les intrigues de la passion et de la politique, les situations les plus inattendues et les plus risquées font la matière de l'Histoire.

  • «François, duc de La Rochefoucauld (1613-1680), pair de France et frondeur par un "ver rongeur de princerie", fouaille que "l'esprit est toujours la dupe du coeur". Sa lucidité glacée s'exerce sur la comédie du monde, scène dérisoire où les vices sous masque des vertus mènent le branle. Inlassablement le moraliste interroge cette matière changeante qu'est l'homme : les Mémoires quêtent du sens pour un moi égaré entre le vain désir de la gloire et l'ombre amère des défaites ; les Maximes jettent de brefs et cruels éclairs sur la condition humaine. Cette oeuvre rêve mélancoliquement d'un homme qui eût osé être vrai et libère une lumière noire, celle d'un janséniste oublieux du salut, ou peut-être celle d'un grand seigneur libertin constatant avec douleur que les passions ne sont que "les divers degrés de la chaleur et de la froideur du sang".» Élisabeth Lemirre.

  • Texte essentiel de la réflexion sur soi, impitoyable anatomie du coeur humain, d'un pessimisme radical et joyeux, ses maximes ont fait de la rochefoucauld un des grands moralistes français.
    Si on compte de nombreuses éditions des maximes, on connaît beaucoup moins les mémoires. la rochefoucauld les écrivit en 1653, lorsque l'échec définitif de la fronde, à laquelle il avait activement participé, et une grave blessure reçue lors d'un combat, le contraignirent à se retirer dans ses terres. elles sont à l'histoire ce que les maximes sont à la psychologie : une terrible école de lucidité.

  • Fleuron de la littérature classique, les Réflexions ou Sentences et Maximes morales de La Rochefoucauld arrachent la forme brève aux usages scolastiques de la citation et du florilège pour renouer avec l'art de l'aphorisme.
    Leur extrême accomplissement, consonance rigoureuse d'une forme et d'une pensée, a fait l'unanimité dès leur parution. Il en va tout autrement de leur contenu. La perfection de l'énoncé, son ironie constitutive, la réserve de l'auteur, qui ne signe pas son oeuvre et ne la commente jamais, en font un mystère aux intentions étonnamment ambiguës, voire mystérieuses. Pénétrées d'augustinisme, Maximes et Réflexions proposent une vision très sombre de l'homme et du monde.
    Sont-elles une dénonciation de l'univers impur de la Chute et " une préparation à l'Evangile ", comme l'affirment les proches du duc, ou, expression d'un " jansénisme sans la rédemption " (Sainte-Beuve), dressent-elles un simple constat ? Conçues dans la mouvance de Port-Royal, prennent-elles rang auprès des Pensées de Pascal ou participent-elles à la subversion des fondements de la morale chrétienne qui conduit, au XVIIIe siècle, à la naissance de l'utilitarisme et de la théorie économique ? La responsabilité du sens est laissée au lecteur.
    Poli pendant vingt ans (1657-1678), l'ouvrage présente des couches de sédiments distinctes. Elles mettent l'oeuvre en perspective, restituent le processus d'une création, le mûrissement d'une vocation. Cette nouvelle édition, rassemblant le plus grand nombre d'états des Maximes, un historique de chaque pièce de l'édition canonique de 1678 et une correspondance entièrement revue, fournit les matériaux d'une enquête essentiellement herméneutique.
    La série Littératures publie des oeuvres de toutes littératures et de tous siècles, connues ou peu connues, qui ont marqué l'histoire littéraire, la culture ou l'évolution des idées. Ces oeuvres sont éditées dans la tradition des Éditions Champion : le texte publié est celui faisant autorité au regard des spécialistes qui ont procédé à son complet réexamen en s'appuyant sur les dernières avancées de la recherche.
    Littératures propose ainsi une édition sûre, des textes parfois inédits et toujours accompagnés du meilleur environnement critique et explicatif (bibliographie, index, dossiers complémentaires, etc.).

  • Anglais Maxims

    François de La Rochefoucauld

    The philosophy of La Rochefoucauld, which influenced French intellectuals as diverse as Voltaire and the Jansenists, is captured here in more than 600 penetrating and pithy aphorisms.

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