Viviane Hamy

  • On l'a peint soigneusement sur les treize portes d'un immeuble, dans le 18e arrondissement de Paris : un grand 4 noir, inversé, à la base élargie. En dessous, trois lettres : CLT. Le commissaire Adamsberg les photographie, et hésite : simple graffiti, ou menace ?
    A l'autre bout de la ville, Joss, l'ancien marin breton devenu Crieur de nouvelles est perplexe. Depuis trois semaines, une main glisse à la nuit d'incompréhensibles missives dans sa boîte à messages. Un amuseur ? Un cinglé ? Son ancêtre murmure à son oreille : «Fais gaffe à toi, Joss. Il n'y a pas que du beau dans la tête de l'homme.»

  • «Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors ?» Ca amuse les Parisiens. Depuis quatre mois, cette phrase accompagne les cercles bleus qui surgissent la nuit, tracés à la craie sur les trottoirs de la ville ; au centre de ces cercles, prisonniers, un débris, un déchet, un objet perdu : trombone, bougie, pince à épiler, yaourt, patte de pigeon...
    Le phénomène fait les délices des journalistes et de quelques psychiatres qui théorisent.
    Le commissaire Adamsberg, lui, ne rit pas. Ces cercles et leur contenu hétéroclite «suintent» la cruauté. Il le sait, il le sent : bientôt, de l'anodin saugrenu on passera au tragique.

  • Laisser les loups vivre en liberté dans le Mercantour, c'était une belle idée, dans l'air du temps. Mais ce n'était pas celle des bergers et, quelques mois plus tard, la révolte gronde.
    Mais est-ce bien un loup qui tue les brebis autour du village de Saint-Victor ?
    Les superstitions resurgissent, un bruit se propage : ce n'est pas une bête, c'est un loup-garou... Lorsqu'une éleveuse est retrouvée égorgée dans sa bergerie, la rumeur tourne à la psychose.
    À Paris, le commissaire Adamsberg guette les nouvelles de la Bête du Mercantour :
    Comme des tisons, mon gars, comme des tisons ça fait, les yeux du loup, la nuit.

  • Cette nuit-là, dit-elle lentement, Lina a vu passer l'Armée furieuse.

    - Qui ?

    - L'Armée furieuse, répéta la femme à voix basse. Et Herbier y était. Et il criait. Et trois autres aussi.

    - C'est une association ? Quelque chose autour de la chasse ?

    Madame Vendermot regarda Adamsberg, incrédule.

    - L'Armée furieuse, dit-elle à nouveau tout bas. La Grande Chasse. Vous ne connaissez pas ?

    - Non, dit Adamsberg en soutenant son regard stupéfait.

    - Mais vous ne connaissez même pas son nom ? La Mesnie Hellequin ? chuchota-t-elle.

    - Je suis désolé, répéta Adamsberg. Veyrenc, l'armée furieuse, vous connaissez cette bande ? La fille de Mme Vendermot a vu le disparu avec elle.

    - Et d'autres, insista la femme.

    Un air de surprise intense passa sur le visage du lieutenant Veyrenc. Comme un homme à qui on apporte un cadeau très inattendu.

    - Votre fille l'a vraiment vue ? demanda-t-il. Où cela ?

    - Là où elle passe chez nous. Sur le chemin de Bonneval. Elle a toujours passé là.

    - La nuit ?

    - C'est toujours la nuit qu'elle passe.

    Veyrenc retint discrètement le commissaire.

    - Jean-Baptiste, demanda-t-il, vraiment tu n'as jamais entendu parler de ça ?

    Adamsberg secoua la tête.

    - Eh bien, questionne Danglard, insista-t-il.

    - Pourquoi ?

    - Parce que, pour ce que j'en sais, c'est l'annonce d'une secousse. Peut-être d'une sacrée secousse.



    Nul doute que la fratrie « maudite » du village normand rejoindra la galaxie des personnages mémorables de Fred Vargas. Quant à Momo-mèche-courte, il est le fil conducteur de la double enquête que mène ici le commissaire Adamsberg, confronté à l'immémorial Seigneur Hellequin, chef de L'Armée furieuse.

  • Un hêtre peut-il pousser en une seule nuit dans un jardin, rue Chasle à Paris, sans que personne l'ait planté ?
    Oui. Chez la cantatrice Sophia Siméonidis ; et elle n'en dort plus.
    Puis elle disparaît sans que cela préoccupe son époux.
    Après une série de meurtres sinistres, ses trois voisins «dans la merde», aidés par l'ex-flic pourri Vandoosler, découvriront les racines du hêtre, vieilles de quinze ans, grasses de haine et de jalousie.
    On retrouve ici les qualités et l'humour de l'auteur de Ceux qui vont mourir te saluent (éd. Viviane Hamy, 1994) que la presse a largement salué.

  • «Adamsberg termina son café et posa son menton dans sa main. Il lui était arrivé en des tas d'occasions de ne pas se comprendre, mais c'était la première fois qu'il échappait à lui-même. La première fois qu'il basculait, le temps de quelques secondes, comme si un clandestin s'était glissé à bord de son être et s'était mis à la barre. De cela, il était certain : il y avait un clandestin à bord. Un homme sensé lui aurait expliqué l'absurdité du fait et suggéré l'étourdissement d'une grippe. Mais Adamsberg identifiait tout autre chose, la brève intrusion d'un dangereux inconnu, qui ne lui voulait aucun bien.»

  • La Brigade avait accumulé des résultats incontestables, mais Veyrenc demeurait très sceptique. À savoir si cette efficacité était le résultat d'une stratégie ou le fruit tombé de la providence. Providence qui fermait les yeux, par exemple, sur le fait que Mercadet ait installé des coussins à l'étage et y dorme plusieurs heures par jour, sur le fait qu'un chat anormal défèque sur les rames de papier, que le commandant Danglard dissimule son vin dans le placard de la cave, que traînent sur les tables des documents sans lien avec les enquêtes, annonces immobilières, listes de courses, articles d'ichtyologie, reproches privés, presse géopolitique, spectre des couleurs de l'arc-en-ciel, pour le peu qu'il en avait vu en un mois. Cet état de choses ne semblait troubler personne, sauf peut-être le lieutenant Noël, un gars brutal qui ne trouvait personne à son goût. Et qui, dès le second jour, lui avait adressé une remarque offensante à propos de ses cheveux. Vingt ans plus tôt, il en aurait pleuré mais aujourd'hui, il s'en foutait tout à fait ou presque. Le lieutenant Veyrenc croisa les bras et cala sa tête contre le mur. Force indélogeable lovée dans une matière compacte.








  • « ?Pas d'erreur, cette fille était de la race des vaincus. Elle ne tenterait rien. En bonne intello, elle se contenterait d'analyser. Et tu en arriveras à la conclusion que mon père n'a aucune raison de te vouloir du mal. Une déduction erronée. Le souci avec lui, c'est qu'il n'a jamais été maître des émotions étranges qui chevauchent dans les méandres de son esprit. Il est comme un demi-dieu, capable du pire comme du meilleur. Un être absurde et merveilleux, dépourvu d'empathie, sans peur, susceptible de se lancer dans des actions inutiles et sacrément périlleuses pour lui et son entourage? ».

    Après avoir fréquenté Les Infidèles et fait une escale au Japon avec Kabukicho, Dominique Sylvain nous emporte une fois encore dans son univers dangereusement onirique et sensuel. Nouvelles technologies et bitcoins lui offrent mille et une manières de tordre le cou aux codes du roman policier.

    Une femme de rêve brouille les pistes : au lieu de traquer le coupable, n'est-il pas plus séduisant de rechercher qui est la victime ?

    « ?Quelque part c'est insensé, mais ça me plaît ainsi.? » Dominique Sylvain

  • Adamsberg part pour trois jours de colloque à Londres. Estalère, le jeune brigadier, et Danglard - terrorisé à l'idée de passer sous la Manche - sont du voyage. Tout devait se passer de manière aérienne et décontractée, mais un événement macabre alerte leur collègue de New Scotland Yard, Radstock.
    Clyde-Fox, un original local, lui parle du vieux cimetière de Highgate. Des chaussures - avec des pieds dedans - font face au cimetière, « un des cimetières romantiques les plus baroques de l'Occident », un lieu macabre, gothique, unique.
    Tandis que l'enquête anglaise commence, les français rentrent au pays, et se retrouvent confronté à un horrible massacre dans un pavillon de banlieue.
    De fil en aiguille, Adamsberg, avec l'aide de Danglard, remonte une piste de vampires, et de tueurs de vampires, jusqu'en Serbie.
    Le commissaire est au centre du roman, dans tous les sens du terme. La Boule se trouve presque un rival, Danglard est à deux doigts de tomber amoureux, Retancourt est toujours aussi efficace, mais la brigade est toujours mouvante.

    Les livres de Fred Vargas sont traduits dans plus de quarante pays ; ils ont reçu nombre de récompenses françaises et étrangères, dont le prix des Libraires, le prix des Lectrices ELLE, le Deutscher Krimipreis, et par deux fois l'International golden dagger.

  • Claude, Tibère, Néron, les trois étudiants, les trois «empereurs», promènent leur nonchalance inquiète dans les rues de Rome.
    Des dessins de Michel-Ange ont été volés à la Bibliothèque vaticane !
    Henri Valhubert, le grand expert d'art parisien - et père de Claude - est assassiné un soir de fête devant le palais Farnèse.
    Que venait-il faire à Rome et comment a-t-il pu boire de la ciguë ?

  • «Danglard connaissait assez le commissaire pour comprendre, à la variation d'intensité de son visage, que quelque chose d'intéressant s'était produit ce matin. Mais il se méfiait. Adamsberg et lui avaient des conceptions très éloignées de ce qu'on appelle un "truc intéressant". Ainsi, le commissaire trouvait assez intéressant de ne rien faire, alors que Danglard trouvait cela mortellement paniquant. Le lieutenant jeta un coup d'oeil soupçonneux à la feuille de papier blanc qui voletait entre les mains d'Adamsberg. (.../...) A vrai dire, il s'était accoutumé à cet homme, tout en s'irritant d'un comportement inconciliable avec sa propre manière d'exister. Adamsberg se fiait à l'instinct et croyait aux forces de l'humanité, Danglard se fiait à la réflexion et croyait aux forces du vin blanc.» Pars vite et reviens tard, le dernier livre de Fred Vargas, a obtenu le Prix des Libraires et le Prix des Lectrice de ELLE 2002.

  • Pourquoi Louis Kehlweiler dit l'Allemand, Marc, Lucien et Mathias - retranchés dans leur baraque pourrie de la rue Chasle à Paris -, s'intéressent-ils à un simplet à tête d'imbécile pas franchement sympathique, dont la culpabilité ne fait de doute pour personne, pas même pour eux ? Pourquoi tiennent-ils à sauver ce Clément Vauquer, un détraqué recherché par toutes les polices de Nevers et de Paris pour les assassinats effroyables d'au moins deux jeunes femmes ?

  • Embusqué sur le banc 102, celui de la Contrescarpe, alors qu'il sur-veille la fenêtre d'un fils de député bien peu sympathique, Kehlweiler, «l'Allemand», avise une drôle de «bricole» blanchâtre égarée sur une grille d'arbre...
    Ce petit bout d'os humain - car il s'agit de cela - l'obsède jusqu'à ce qu'il abandonne ses filatures parisiennes pour rallier Port-Nicolas, un village perdu au bout de la Bretagne.
    Et l'attente reprend au Café de la Halle. Depuis la salle enfumée du vieux bar, il écoute et surveille, de bière en bière, de visage en visage, et fait courir sans trêve, par les routes humides et les grèves désertes, son jeune assistant, Marc Vandoosler, le médiéviste de Debout les morts.
    Qui tue ?
    Un peu plus loin sur la droite est le quatrième roman de Fred Vargas publié par les éditions Viviane Hamy. Debout les morts a obtenu le Prix du Polar 1995.

  • Alors qu'elle préparait un reportage sur l'adultère, Salomé Jolain, une jeune journaliste de TV24 à la renommée croissante a été sauvagement assassinée. On a retrouvé son corps dans la poubelle d'un square du XVe arrondissement de Paris, à proximité de l'hôtel de la Licorne. Détail troublant : son téléphone portable et sa caméra compacte ont disparu.

    L'enquête est confiée au commandant Gabriel Barnier, flic stoïque à la vie privée compliquée, et à son superbe lieutenant, Gabriel Maze, dont « le physique renversant trouble les deux sexes sans distinction ».

    Tous les proches de la jeune femme sont sur la liste des suspects, mais un nom retient toute l'attention de la Crim', celui d'Alice Kléber, la tante de la victime et créatrice du site lovealibi.com qui fournit aux amateurs d'aventures extraconjugales des excuses et des preuves clés en main pour justifier leurs absences... Un lien qui ne peut relever de la simple coïncidence.

  • L'écrivain nous immerge dans le quartier le plus sulfureux de la capitale nipponne. Le jour, Kabukicho est plutôt morne et comateux, mais à la tombée de la nuit il révèle son visage : Pigalle puissance dix à la mode japonaise, où tous les moyens sont bons pour ferrer le client dans un des bars à hôtes ou à hôtesses qui abondent parmi les love hôtels et autres soaplands. Immense théâtre de la séduction contrôlé par la mafia japonaise, seules les compliments comptent et se paient en coupe de champagne.

    Marie, une jeune française, dépense ses dernières économies afin de s'acheter un billet d'avion pour le Japon et espère y trouver un travail.

    Une fin de journée, elle rencontre Kate Sanders, l'hôtesse la plus populaire du Club Gaïa, qui lui propose de la présenter à sa patronne : « Hôtesse paie bien mieux que barmaid et c'est plus amusant ». Une amitié solide se tisse entre les deux jeunes femmes.

    Pourtant un soir, Kate ne se présente pas au Club Gaïa. Le lendemain, son père, Jason Sanders, reçoit sur son téléphone portable une photo d'elle, les yeux clos, accompagnée de ces mots : Elle dort ici. Que lui est-il arrivé ? Qui est responsable de cette mise en scène morbide ? Déterminé à trouver des réponses, il décide de prendre le premier vol pour Tokyo.

  • Le 16 août, lendemain de la procession organisée par Notre-Dame pour honorer le jour de l'Assomption de la Vierge Marie, une jeune fille très belle et tout de blanc vêtue est retrouvée morte à l'intérieur de l'édifice religieux le plus visité de Paris... Installée telle une dévote sur un banc du déambulatoire, dans sa robe très courte et des plus provocantes, le regard rivé sur la statue de la Vierge, elle s'est affalée sur le sol lorsqu'une plantureuse touriste américaine s'est installée à ses côtés. La « bombe », qu'un des surveillants avait repérée tôt le matin, est restée là pendant près de deux heures, au milieu de la horde des visiteurs impatients et des va-et-vient incessants sans que personne ne remarque que son « âme » avait quitté son corps. Branle-bas de combat ! La jeune procureur, Claire Kauffmann, arrive sur les lieux. Landard, l'ignoble commandant, et Gombrowicz, le tout jeune lieutenant, sont déjà là. L'enquête commence sur les chapeaux de roues. Et d'abord, qui est-elle, cette inconnue si belle, qui, même morte, fait chavirer les regards des hommes ? Et qu'est-ce qui a orienté ses pas vers le chemin de Notre-Dame ?
    Tout le monde est, a priori, interrogé : les personnels de la cathédrale - temporels et spirituels -, les touristes, les personnes qui ont participé à la procession de la veille. Tout le monde est unanime : la jeune personne était dans les parages le jour de la procession, et sa présence a fait sacrément scandale. La conclusion s'impose aussi bien aux policiers qu'à la procureur : ce n'est pas la ferveur religieuse qui la menait, pourtant, elle a bien assisté aux messes et à la procession...
    Le mystère s'épaissit de jour en jour, d'autant que l'autopsie révèle un élément des plus violents : le vagin de la victime a été scellé avec la cire d'un cierge. Le père Kern, qui effectue comme chaque été un remplacement à Notre-Dame, est assailli de tous les côtés : par la police, par son supérieur mécontent de la mauvaise publicité faite à la cathédrale et à l'Église, par son propre passé qui remonte comme une vieille maladie.
    Lorsque les soupçons s'orientent trop naturellement vers un très jeune homme - sorte de « fou » de la Vierge aux allures d'ange blond -, il comprend qu'il doit mener sa propre enquête, en marge de l'investigation officielle. Aidé par ses discussions avec Djibril - un criminel détenu à Poissy qu'il visite régulièrement -, le père Kern obtient les témoignages fondamentaux - négligés par la police - des « égarés » de la cathédrale, les âmes perdues qui hantent et vivent sous la protection du lieu saint. Les personnages secondaires, gargouilles incarnées aux langages improbables, comme le haut lieu du crime donnent une matière exceptionnelle à un roman hors du temps.
    Des figures qui incarnent profondément les symboles que manie l'auteur en virtuose, une écriture nerveuse, un style envolé : tel apparaît La Madone de Notre-Dame, premier roman d'Alexis Ragougneau.

  • À la veille de Noël, un groupe de SDF investit Notre-Dame de Paris, revendiquant un logement pour tous. Les médias se déchaînent. Après l'éviction manu militari, le calme revient jusqu'à ce que, peu avant Pâques, on repêche dans la Seine le corps étrangement mutilé de Mouss, le porte-parole des sans-abri. Quand Claire Kauffmann, la juge d'instruction, apprend que le père Kern officiait dans la cathédrale au moment de son occupation, elle sollicite son aide pour faire éclater la vérité. En vain. Témoin autant qu'acteur, le prêtre a bien malgré lui favorisé l'intervention de la police. Perclus de culpabilité, il s'est depuis enfermé au centre Wresinski, où il inventorie les maigres biens des démunis. Elle devra se débrouiller seule...

    Tel un peintre d'icône, l'écrivain procède par couches, il dissipe les ombres, jusqu'à la transparence. « Le sens de l'image n'apparaît qu'une fois les visages des personnages illuminés par la vérité divine. En somme, c'est une enquête. Il s'agit de savoir qui tient quel rôle dans la composition et cela n'intervient qu'à la fin. » Il use d'une écriture précise pour pointer les maux de notre société. Il se délecte à brouiller les pistes pour offrir une oeuvre aussi envoûtante que dérangeante.

  • «La jeune fille était allongée sur son lit, en pyjama. Chloé crut que son amie flemmardait, rêvassait les yeux grands ouverts, tête tournée vers les livres et les peluches qui encombraient ses étagères. Chloé s'approcha et se sentit aspirée par le regard fixe de Vanessa. Elle remarqua les traces rouges sur le cou très blanc et se rendit compte que ses chaussettes étaient mouillées. Elle pataugeait dans une flaque de sang. L'idée que le meurtrier pouvait être encore dans l'appartement ne lui vint pas à l'esprit. Son cerveau déconnecta le temps qu'elle imagine son oesophage transformé en un volcan tiède et elle se mit à vomir.»Passage du Désir est le huitième roman de Dominique Sylvain, en même temps que l'acte de naissance d'un formidable et improbable duo d'enquêtrices, l'ex-commissaire Lola Jost, armée de sa gouaille et de ses kilos, et sa comparse Ingrid Diesel, l'Américaine amoureuse de Paris.Parmi les précédents titres de Dominique Sylvain, Vox a obtenu le Prix Sang d'encre 2000, et Strad le Prix Polar Michel Lebrun 2001.

  • Dans le 19e arrondissement de Paris toutes les communautés, religieuses et ethniques, se côtoient au quotidien. Sushis casher, kebabs, restaurant turc - point de ralliement de tous les jeunes du coin -, librairie d'occasion farcie de romans policiers jusqu'au plafond, coiffeur juif.Seul Ahmed Taroudant - qui a l'horrible privilège de découvrir le corps sanguinolent de sa voisine et amie, Laura Vignola, suspendu au-dessus de son balcon - se tient à distance de cette population cosmopolite : prisonnier d'une histoire personnelle traumatisante, rêveur, lecteur fou de polars. Il constituele coupable idéal de ce crime abominable. Sa découverte l'oblige à sortir de sa torpeur et à collaborer avec le duo de la Crim' désigné par le commissaire Mercator pour mener l'enquête sur le meurtre : le flamboyant lieutenant Rachel Kufstein et le torturé lieutenant Jean Hamelot, fils d'un Breton communiste rationaliste, quelque peu égaré dans la capitale. Ensemble, ils ont toutes les cartes pour décrypter les signes et symboles de cette mort ignoble. S'agit-il d'un meurtre symbolique exécuté par un fou de Dieu issu des communautés loubavitch ou salafiste ? Qu'en est-il de l'étrange famille de Laura, originaire de Niort, qui étend son influence jusqu'à New York ? Et de l'apparition dans le quartier du " Godzwill " une nouvelle drogue redoutable ? La collaboration des meilleures amies de la victime, Bintou et Aïcha (les soeurs des caïds du quartier),Rebecca - partie à Brooklyn dans l'intention d'épouser un Juif orthodoxe -,avec les lieutenants Kupferstein et Hamelotse révèlera indispensable pour reconstituer la toile d'araignée gigantesque qui, de Paris à New York, tire ses fils entre réseaux de trafics de drogue et communautés religieuses.Arab Jazz, foisonnant, pétri de sons, de musiques et de parfums, est le premier roman de l'auteur : il en a fait un coup de maître.

  • Le commandant Carat - un sosie de Lino Ventura - doit débusquer un meurtrier semant l'horreur dans Paris et sa banlieue. Et ce, à un moment où il peine à motiver son groupe, qui a hérité d'une nouvelle recrue, le lieutenant Franka Kehlmann, protégée de la divisionnaire.
    L'adversaire, redoutable, semble croire en la justice divine. Détail troublant : il anticipe tous les mouvements de la police. Jusqu'au jour où l'enquête bascule...

  • Du côté de Guérin et Lambert, l'ambiance est ainsi campée, lourde, franchouillarde. Inscrite dans une certaine normalité en dépit des fêlures des deux principaux protagonistes. Le lieutenant Guérin, exilé du 36 Quai des Orfèvres - après une sombre histoire mal élucidée - est installé aux Suicides, la corvée redoutée de la Judiciaire, flanqué d'un stagiaire, Lambert, qui passe pour un débile patenté auprès de tous ses collègues, qui ne lui font grâce d'aucune humiliation.

    Le duo fonctionne contre vents et marées, une curieuse affection liant les deux hommes, l'admiration du plus jeune pour l'intelligence et l'intuition de son Patron servant de révélateur et de moteur.

    De l'autre côté, un espace vaste et plutôt flou, faisant le grand écart entre la France et les États-Unis. Là, on trouve John Nichols, un Franco-Américain installé dans un tipi planté sur les bords d'une rivière du centre de la France. La maréchaussée débarque un jour dans son campement pour l'emmener à Saint-Céré où on lui apprend la mort de son ami américain, Alan Mustgrave. Elle est intervenue tandis qu'il s'écorchait en direct, sur la scène d'une boîte branchée du Paris underground, très cotée pour ses spectacles sado-maso.

    Arrivé dans la capitale, l'agression dont est victime Nichols le convainc que la mort de son ami n'est peut-être pas le résultat d'un accident, comme beaucoup - notamment à l'ambassade américaine - voudraient le croire et le faire croire. D'autant qu'il détient des documents qui mettent en lumière le passé d'Alan, qui, en tant qu'ex-Marine, a participé aux guerres du Golfe et d'Irak.

    Alan a-t-il véritablement été victime d'un accident ? S'est-il suicidé ? A-t-il été assassiné ?

    Lors de ses recherches, John va croiser des individus des plus bigarrés, le très BCBG Frank Hirsh, amoureux transi d'Alan, Ariel, la patronne du Caveau de la bolée, Paty, l'amie peintre d'Alan au tempérament bien trempé, et puis Bunker et son chien Mesrine, gardien de parc et ex-taulard... Et bien sûr Guérin et son comparse Lambert...
    On progresse dans une intrigue complexe, souterraine, mettant au jour les aspects les plus sombres de l'humain, qui nous pousse à une réflexion sur le suicide, la torture, le pouvoir. Et pourtant, malgré sa noirceur, son côté glauque, Fakirs nous tient en haleine d'un bout à l'autre, on rit, jaune ou noir cela dépend, et les portraits comme les descriptions que nous donne en prime Antonin Varenne finissent de nous convaincre qu'on se trouve là en présence d'un écrivain.

  • Nous ouvrons le livre et nous atterrissons abruptement sur un ring de boxe, où un flic, visiblement obsédé de boxe, va affronter un tout jeune homme de vingt ans, lui qui vogue dans la bonne quarantaine.
    Les coups pleuvent, mais Le Mur, surnom du flic qui sait encaisser directs, uppercuts et autres droites sans broncher va miraculeusement gagner le match. Mais à quel prix. Dans les vestiaires, alors qu'il tente de reprendre ses esprits avec l'aide de son soigneur, un personnage plutôt louche, Le Pakistanais, va lui proposer une combine assez crapoteuse pour toucher sans grand effort ce qui lui permettra de ne pas avoir à rationner pour se payer ses petits plaisirs de pauvre type solitaire.
    Après un moment de révolte, Le Mur accepte : il s'agit de donner une bonne leçon aux amants de quelques femmes, dont le mari, cocu, n'ose pas régler lui-même ses comptes... Pas très brillant. D'autant que très vite le Mur va comprendre qu'on est très loin d'une histoire de nanas et de cocuage. L'aventure prendra une toute autre tournure quand le troisième homme à tabasser, se révèle être un très vieil Algérien, tenant à peine sur ses jambes, qui va lui révéler qui sont les deux hommes qu'il a furieusement amochés...
    George, Le Mur, est bouleversant dans sa douleur et son humiliation quand il comprend qu'il a été cyniquement manipulé, sans savoir par qui ni pourquoi ; Brahim Bendjema et Pascal Verini, dans leur quête de vengeance pour l' un, et d'oubli pour l'autre, sont d'une justesse impressionnante dans leur violence, leur dureté, leur méfiance, leur fragilité... Le lecteur, lui, d'abord désorienté, se sent de plus en plus horrifié, ému, avec une envie de rire pour ne pas pleurer.

  • Une course-poursuite infernale d'Ingrid Diesel et Lola Jost dans les labyrinthes des scandales politico-judiciaires et du terrorisme international. À chaque détour de leur traque, surgissent des personnages inquiétants : anciens spécialistes du terrorisme islamique, mercenaires sadiques, hauts fonctionnaires véreux, para reconverti en serviteur modèle...
    « Avec des romans à couper le souffle, Dominique Sylvain s'impose comme la nouvelle figure de proue du polar français. » - François Busnel, L'Express

  • Florian Vidal, avocat spécialisé dans les contrats d'armement et les relations franco-africaines, a été assassiné de manière effroyable : brûlé vif aux abords d'une piscine, un pneu enflammé autour du cou, les mains menottées.
    C'est l'Afrique en plein coeur de Colombes, patron. Les connaisseurs appellent ça le supplice du Père Lebrun. Une technique en vogue à Haïti du temps des tontons macoutes. La coutume est sans doute née à Soweto où elle était, entre autres, la punition favorite pour les voleurs. Vous connaissez le cri de révolte de l'anti-apartheid radical ? « Avec nos boîtes d'allumettes et nos pneus enflammés, nous libérerons ce pays.
    » L'une des phrases favorites de Winnie Mandela. Or, cinq ans auparavant, Toussaint Kidjo, l'assistant de Lola, de père français et de mère congolaise, avait été assassiné de la même façon. C'est ce meurtre, jamais élucidé, qui avait conduit Lola à anticiper sa retraite. Florian Vidal travaillait pour Richard Gratien, maillon fondamental de la Françafrique pour le secteur de l'armement. Redoutable et froid, Mister Africa, souvent dans le collimateur de la justice française, s'était pris d'affection pour Florian qu'il avait engagé comme chauffeur.
    Par la suite, il en avait fait un avocat réputé et riche et, avec les années, son fils adoptif. Pour Lola le lien entre les deux affaires ne fait aucun doute. Elle reprend alors son enquête mais empiète terriblement sur le travail du commandant en charge de l'affaire, fort sensible en raison des milieux qu'elle touche : la finance, la politique, les affaires étrangères, Sacha Duguin, ancien amant de son amie Ingrid avec qui il continue d'entretenir des rapports houleux. Lola doit se rendre à l'évidence, seule elle ne pourra rien, l'ennemi est plus puissant qu'il en a l'air.
    Dans ce contexte difficile, quel rôle notre duo va-t-il bien pouvoir jouer ?

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