Gallimard

  • Pour avoir manifesté par voie de presse son désaccord avec le tracé de la ligne TGV Lyon-Turin et avoir appelé à son sabotage, Erri de Luca s'est retrouvé devant les tribunaux.
    Cette situation le conduit à s'expliquer sur l'« incitation », autrement dit sur la responsabilité de la parole. Comme il le dit à un autre moment de cette réflexion « J'accepte volontiers une condamnation pénale, mais pas une réduction de vocabulaire. » Dans un dialogue avec José Bové, tous deux reviennent sur ce qui pousse à dire non, en particulier ce qui s'oppose au bien commun.
    C'est l'«Indignez-vous » d'Erri de Luca, sans aucun pathos mais avec l'envie de répandre la force de lutter contre l'injustice.

  • « J'ai ouvert un compte Twitter en août 2016. À tort ou à raison, j'ai vu en ce réseau social le potentiel d'une agora virtuelle, où se croisent amis et inconnus, et où tout un chacun peut intervenir à sa guise. La lune de miel socratique fut brève, cependant, et les discussions enthousiasmantes ont été progressivement obscurcies par la lente métamorphose du dialogue en polémique, un phénomène transpartisan, transidéologique. » Les « conspirateurs du silence » : l'expression est de Camus. Il l'employait dès 1948, dans un article où il déplorait l'impossibilité de débattre ou même de prononcer certaines vérités.
    Marilyn Maeso reprend cette idée camusienne pour l'appliquer à un 21 e siècle hyper-connecté. Le paradoxe est frappant : nous vivons dans une société très bavarde mais privée de tout dialogue. Le silence règne en maître sur les médias et les réseaux sociaux. Car, à l'espoir de la communication s'opposent les polémiques systématiques, le recours aux insultes, les procès d'intention, l'autocensure et une certaine culture de l'esquive.
    Dans cet ouvrage décapant et accessible, au ton très vivant, Marilyn Maeso analyse les mécanismes et les enjeux de ce phénomène.

  • «Un des domaines où l'on récuse le plus intensément l'intrusion de la philosophie, c'est le domaine politique : le réalisme politique n'a pas, dit-on, à s'encombrer de considérations abstraites. Mais si l'on y regarde de plus près, on s'aperçoit vite que les problèmes politiques et moraux sont indissolublement liés : il s'agit en tout cas de faire l'histoire humaine, de faire l'homme, et puisque l'homme est à faire, il est en question : c'est cette question qui est à la source à la fois de l'action et de sa vérité.
    Derrière la politique la plus bornée, la plus têtue, il ya toujours une éthique qui se dissimule.» Sont réunis ici quatre articles initialement parus dans Les Temps Modernes :
    - L'existentialisme et la sagesse des nations.
    - Idéalisme moral et réalisme politique.
    - Littérature et métaphysique.
    - Oeil pour oeil.

  • Nous avons tous en tête des « affaires » traitées autant par les médias qu'utilisées par le personnel politique, dans lesquelles la « laïcité » tient le mauvais rôle. La loi qui a instauré la séparation des Églises et de l'État semblait donner une ligne de conduite claire. Mais la morale laïque se heurte à des obstacles nouveaux, nés souvent du brouillage entre le public et le privé, de la prééminence de l'individu sur le citoyen.Chacun garde en mémoire les faits de société qui semblent remettre en cause son principe, comme s'il s'opposait, par des glissements continus, aux convictions personnelles : la cantine scolaire doit-elle proposer différents types de repas ? le caricaturiste peut-il faire preuve d'irrévérence sans être sous le coup d'une condamnation ? peut-on autoriser le travail pendant le « jour du seigneur » ? dans quels lieux célébrer les funérailles présidentielles ? est-il acceptable qu'une femme préfère être examinée par une doctoresse plutôt que par un docteur ?
    À toutes ces questions qui se transforment en casse-tête pour la vie collective, Régis Debray et Didier Leschi répondent en rappelant ce que dit la loi de 1905 sur l'exercice de la laïcité, plus prévoyante qu'on ne le croit, et font également appel au bon sens et à la volonté de vivre selon, comme ils l'écrivent, un « régime de cohabitation civilisée ».
    38 cas pratiques, depuis A comme Aumônerie jusqu'à Z comme Zèle (en passant par Cloches et Muezzin, Foulard, Dimanche, Non-mixité, Vues de l'étranger), soumis à l'examen impartial et informé de Régis Debray et de Didier Leschi.

  • « Peut-on demeurer inconsolable ? » Philippe Forest, on le sait, a éprouvé la mort d'un enfant, sa petite fille de quatre ans :
    C'est l'expérience fondatrice de son oeuvre littéraire. Il se demande alors « qu'avait à dire la philosophie de la mort d'un enfant ». Cette question-là est débattue avec Vincent Delecroix.
    La littérature croise la philosophie, et toutes deux, corpus à l'appui, se préoccupent non pas du « comment apprendre à mourir » - sujet de la philosophie stoïcienne - mais de la mort vue du côté du vivant qui reste. Le débat est émouvant et profond, voici quelques autres citations à retenir :
    « «Ca va aller». C'est la pire chose qu'on peut dire à quelqu'un qui est en deuil. » « Tout nous incite à accepter la mort, mais quelque chose en nous résiste à cette acceptation. » « On prend toujours la place de quelqu'un d'autre. Et rien ne le justifie. »

  • «Pour les esprits sidérés par la référence constante et élogieuse à la Révolution culturelle et au maoïsme, et qui se montrent sceptiques ou franchement hostiles à l'idée même d'une réactivation de l'idée communiste, il y avait de quoi se réjouir à la perspective de voir Alain Badiou confronté à l'un des plus éminents théoriciens et défenseurs de la démocratie. À l'inverse, pour ceux qui considèrent que les penseurs de l'antitotalitarisme comme Marcel Gauchet ont fait le lit d'une re-légitimation du néolibéralisme en partie responsable de la crise actuelle, il y avait aussi de quoi se frotter les mains à l'idée de le voir débattre avec l'un des critiques les plus consistants et sévères du libéralisme contemporain».
    Martin Duru et Martin Legros.

  • Le forcené retranché dans un lycée, qui tire sur tout ce qui bouge, a-t-il quelque chose en commun avec les candidats aux attentats-suicides issus de la mouvance islamiste ?
    Pour Hans Magnus Enzensberger, cela ne fait aucun doute. Ce sont des «perdants radicaux» qui répondent aux mêmes caractéristiques et dont il dresse ici le portrait : des hommes à la recherche désespérée du bouc émissaire, mégalomanes et assoiffés de vengeance, chez qui s'allient obsession de la virilité et pulsion de mort. Un assemblage fatal qui, en définitive, les conduit, quand ils se font exploser, à se punir et punir les autres de leur propre échec.

  • « Depuis Mai, la rue s'est réveillée : elle parle. C'est là l'un des changements décisifs. Elle est redevenue vivante, puissante, souveraine : le lieu de toute liberté possible. C'est contre cette parole souveraine de la rue que, menaçant tout le monde, a été mis en place le plus dangereux dispositif de répression sournoise et de force brutale. ».

    Le mouvement de mai est un regroupement des textes politiques de Maurice Blanchot écrits pendant les événements de mai 68, présenté par Éric Hoppenot.

  • «Dans cette anthologie, Mai 68 apparaît sous une forme paradoxale : intense et insignifiant, vivant et disparu, haï et regretté, utopie réaliste qui demande l'impossible, phénomène contradictoire qui agrège tous les imaginaires du temps sans jamais s'y limiter. Mais sa force réside encore aujourd'hui dans cette force de subversion et cette capacité de saper tout ce qui croyait pouvoir durer et qui, depuis, se sait provisoire. Une brèche fut ouverte. Mai aura cette année cinquante ans. L'âge des pères qu'il giflait, l'âge largement dépassé de la génération à laquelle il a donné son nom. Le temps de métamorphoser à force de discours la plaie en cicatrice.» Sophie Doudet.

  • «Ce texte est une lettre, adressée à nos enfants.
    Elle est née sous le coup de la colère : colère devant les difficultés de mes compatriotes, colère devant le rabaissement de la France, colère devant le départ pour l'étranger de tous ces jeunes qui désespèrent de notre pays.
    Je dis dans cette lettre ce que la France est pour moi. Je montre ce que je lui dois. Je veux expliquer à mes enfants quelles sont leurs origines et pourquoi ils peuvent en être fiers. Je leur raconte la vie de ma grand-mère maternelle, et pourquoi elle a tant compté pour moi. Elle m'a appris la langue française, qui est le vrai ciment de notre nation. Elle m'a donné le goût du risque et le sens de la liberté. Je leur parle de mon grand-père, né en Algérie et blessé dans la guerre de 14, et de cet autre grand-père prisonnier en Allemagne. Je leur parle de mon propre père qu'ils n'ont pas connu. À travers la vie de ces parents, je leur rappelle une histoire dont ils sont les dépositaires : la grandeur nationale, la colonisation, la guerre, la débâcle, la reconstruction, les doutes actuels.
    Je leur parle de mes rencontres avec des Français, de leur créativité, de leurs talents. Je leur dis mon incompréhension devant les charges dont on les accable et ma volonté de leur redonner un espoir et de la liberté.
    Je dis à nos enfants qui je suis : un Français de cette France ancienne, qui veut en inventer une nouvelle avec eux.».

    Bruno Le Maire.

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