Andre Frere

  • TRANSANATOLIA est une pérégrination aux confins de l´Anatolie. Pendant 5 ans, Mathias Depardon photographie la nouvelle Turquie, jusqu´aux confins du Caucase. Des zones urbaines récemment installées dans l´ouest d´Istanbul, au Kurdistan turc où couve la révolution civile et sévit une véritable guerre de l´eau : il questionne la notion de périphéries et de frontières. Ces lieux reculés aident à comprendre les grandes mutations qui agitent la région. À travers des portraits, des paysages, Mathias Depardon sonde un pays tiraillé entre modernisation à tout crin et réminiscence ottomanes. Dans ce livre le photographe tente d´imager les frontières du coeur évoqué par le Président turc. Pour sonder « l´âme turque » et percevoir toute la complexité de sa construction identitaire, il faut se projeter à ses frontières et même au-delà. En Azerbaïdjan ou en Crimée, la Turquie reste la « mère patrie ». Elle rayonne, diffuse son « soft power » des Balkans à l´Asie, de la mer Noire à la mer Rouge.

  • The tourist

    Kourtney Roy

    Certains contextes indiquent si clairement nos intentions que nous n'avons même pas besoin de les exprimer pour être compris. Avec The Tourist, Kourtney Roy se distingue une fois encore comme une virtuose de la création contextuelle.

    Les vacances devraient être un moment de détente ; mais quand on est une touriste à la recherche d'un mari, elles se muent en un labeur harassant...The Tourist contient toutes les marques de fabrique de Roy que nous aimons et attendons : l'autoportrait, une approche cinématographique, sa palette colorée bien particulière, ainsi qu'une tension entre le clin d'oeil spirituel et l'atmosphère sinistre, la convention et le bizarre, le chic et le toc, les frontières entre la réalité et l'imaginaire sont brouillées. La qualité hors pair de The Tourist tient à l'organisation méticuleuse du moment où nous quittons notre monde extensif et pénétrons dans son monde intensif. Roy crée une métaphore visuelle d'un univers que nous croyons connaître.

  • Sine die

    Myop

    SINE DIE (*sans en voir la fin) Une chronique photographique, conçue comme une ligne, pour documenter ce moment historique. Une réponse artistique, plurielle et collective pour faire mémoire du temps commun de la pandémie et du confinement. Chaque jour, depuis l´annonce du confinement, le 15 mars 2020, les photographes de l´agence MYOP mettent en commun leurs images de la veille. Chaque jour, 6 à 10 images sont sélectionnées et séquencées ensemble sous la forme d´une ligne valorisant la richesse des situations, des propos et des écritures photographiques. Chaque jour la "ligne" que forment ces images est postée sur instagram, dessinant ainsi, à l´instar d´un leporello, une vaste fresque temporelle. Chaque jour. sine die. L´ouvrage prend la fome d´un leporello de 120 pages avec d´un côté une image par page et par jour soit 55 images et au verso l´on retrouve la sélection complète des images dans leur chronologie de J+1 à J+55.

  • Voir à l'oeuvre André Kertész (1894-1985), le photographe le plus apprécié des photographes, à travers les séquences de prises de vues que nous révèlent ses négatifs, accompagner les déambulations de son objectif dans les rues du Paris des années 1930, partager sa joie de pouvoir marcher dans l'image, retrouver ses hésitations, saisir les émotions de son regard, percevoir la précaution avec laquelle il confie à la pellicule l'attention que lui adressent des proches ou des inconnus, et rétablir la datation de quelques clichés célèbres dont la chronologie était faussée depuis plus de cinquante ans ; telles sont les ambitions d'un ouvrage qui peut aussi se lire comme un manuel historique, pratique et éthique de la photographie de rue, et qui nous conte, en mots et en images, ce moment singulier où un homme adopte un appareil novateur, le Leica, et permet à la photographie de se découvrir une vocation alors inexplorée : recueillir sur le trottoir l'attention qui nous relie les uns aux autres.

  • Sacha

    Alexis Pazoumian

    À travers ce projet, Alexis Pazoumian documente l'histoire de Sacha et de sa communauté d'éleveurs de rennes dont l'avenir est plus qu'incertain.
    Aujourd'hui les éleveurs de rennes sont de moins en moins nombreux, l'isolement et les températures extrêmes rendent les conditions de travail extrêmement difficiles. La vie quotidienne de ces chasseurs change en raison du dérèglement climatique : temps imprévisible, températures plus élevées, 4°C au cours de ces 40 dernières années. Les éleveurs nomades ne connaissent pas ces chiffres mais sont les premiers à observer les changements environnementaux et l'augmentation de la température a des conséquences dramatiques sur leur vie et leurs animaux.
    « La République de Sakha, également appelée Yakoutie est une république fédérale de Russie située dans le nord-est de la Sibérie.
    La superficie de la Yakoutie est cinq fois plus importante que celle de la France pour une population d'un million d'habitants.
    La capitale Iakoutsk est située à près de 5000 km à l'est de Moscou.
    Entre 2017-2018 j'y ai passé plus de trois mois à documenter la vie des éleveurs de rennes situé dans la région d'Oymyakon à 1000km de la capitale. Cette région est considérée comme la plus froide du monde, les températures peuvent atteindre -70° en hiver.Les Evènes sont 19.000 en Yakoutie, ils ont leur propre langue. J'ai vécu plusieurs mois avec Sacha et sa brigade composée de 4 personnes. J'ai suivi leur quotidien et participé aux activités dont l'une consiste principalement à surveiller le troupeau de 1000 rennes. Il est le chef du campement, il passe 10 mois par an au milieu de la forêt ».

  • Bobby Sands est mort le 5 mai 1981 à 1h et 17mn du matin.
    Bobby Sands est arrêté et condamné à 14 ans de prison pour possession d'armes à feu. Il commence le 1er mars 1981 une grève de la faim suivie par neuf autres prisonniers politiques membres de l' IRA ( Armée Républicaine Irlandaise) et de l'INLA ( Armée nationale de Libération irlandaise).
    Leurs revendications : obtenir le statut de prisonniers politiques auquel ils ont droit. Ils mourront tous, les derniers dans la presque indifférence générale.
    Ces épisodes qui pourraient évoquer une « histoire ancienne » rejoignent malheureusement la plus proche actualité. La Catalogne, aujourd'hui, réclame son indépendance comme d'autres états et citoyens de l'Europe, lassés de voir leur identité se diluer dans la « mondialisation ».
    Le conflit entre Catholiques et Protestants, les partisans de l'indépendance et du maintien dans la couronne rappelle l'histoire passée de la Grande- Bretagne et du clivage actuel entre partisans et opposants au Brexit.
    L'Irlande du Nord, terre la plus pauvre de l'Europe qui a fourni les contingents de travailleurs à la première révolution industrielle britannique et les déracinés qui ont construit l'Amérique au XIXe siècle rappelle la crise des migrants qui s'est installée durablement dans nos sociétés.
    On pourrait évoquer aussi le clivage Nord-Sud, catholiques pauvres du Sud contre Protestants riches du Nord, à l'envers cette fois-ci.
    Conclure par l'immense respect qu'inspire ce peuple de déshérités et d'insoumis unis jusqu'au sacrifice de ses enfants pour écrire par la souffrance cette page d'éternité.
    Yan Morvan est à l'époque photographe pigiste à l'agence de presse Sipa, une des trois grandes agences de presse photographique parisienne des années 80. Il a le profil du jeune reporter déterminé risquetout qui convient à la situation d'émeutes qui règne en Irlande du Nord.
    Il est alors tout naturellement envoyé sur les affrontements de Londonderry en avril 1981. Il y restera trois semaines et y retourna plusieurs fois pendant cette même année.
    « Ces semaines que j'ai vécu à Derry et Belfast, vivant avec les émeutiers de quartiers catholiques, photographiant la tension, le désespoir, la foi et le courage des Irlandais, utilisant l'appareil photographique comme d'une arme servant leur cause, me persuadèrent à tout jamais du bien-fondé du témoignage photographique comme instrument de mémoire, d'émotion, de réflexion, gages d'un monde libre et démocratique ». Yan Morvan.

  • Echoes shades

    Piotr Zbierski

    Dans de nombreuses croyances, il existe un monde alternatif entre ce que l'on nous enseigne, le réel et ce qui se trouve au-delà.
    Piotr Zbierski cherche à explorer ces chemins entre ces deux réalités en créant un registre visuel impressionniste de l'humanité.
    Il a beaucoup voyagé, se concentrant sur un certain nombre de communautés différentes, photographiant et rendant hommage à leurs cérémonies et rituels quotidiens spécifiques. Pour de nombreuses tribus, ces traditions servent de pont entre la réalité matérielle et une compréhension spirituelle plus large du monde.
    Dans sa pratique, Piotr Zbierski étudie comment ces différentes cultures expriment leurs liens ancestraux avec la nature et cette expérience d'un monde « intermédiaire «.
    Utilisant des processus qui reflètent à la fois la nature temporelle et matérielle intrinsèque de la photographie, il enregistre ces rituels, utilisant à la fois l'image fixe en noir et blanc ou en couleur et l'image animée ; l'oeuvre résultante met en lumière des indices, suggérant une connexion intuitive plus profonde reliant ces différentes cultures. Echoes Shades n'est pas un document linéaire concret sur un lieu et une époque, mais plutôt une réponse évocatrice de la nature humaine en tant que partie intégrante de l'espèce animale.
    Des rituels chamanistes en Sibérie aux cérémonies du souvenir des morts pratiquées par les Toraja, un groupe ethnique indigène de la région montagneuse du sud de l'Indonésie Sulawsi, en passant par les pratiques quotidiennes des tribus de la rivière Omo Vallery en Ethiopie, Piotr Zbierski a photographié et filmé ces multiples cultures dans le but de raconter avec sa propre sensibilité, de manière intuitive et non scientifique, dans l'esprit d'un journal, leurs histoires mêlées.

  • Klavdij Sluban et Christine Delory-Momberger se rencontrent et s'entretiennent sur ce qui leur tient le plus à coeur : la photographie.
    Klavdij Sluban est un photographe français d'origine slovène de réputation internationale, Christine Delory-Momberger est universitaire, essayiste, auteure de publications sur la photographie et de livres d'entretiens avec des photographes (Antoine d'Agata, Jane Evelyn Atwood). Elle est également auteure photographe.
    Dans ce livre, Klavdij Sluban raconte son parcours d'exil et formule ses positions et ses engagements par rapport à la photographie.
    Il dit qu'il photographie parce qu'il a perdu sa langue. Pris entre deux langues, deux pays, deux lieux - Paris et le village de sa famille en Slovènie -, il n'est véritablement chez lui nulle part.
    Photographe documentaire, itinérant et indépendant (il n'appartient à aucune agence), Klavdij Sluban mène une oeuvre personnelle exigeante et développe dans ses images la problématique des espaces clos et des horizons contraints. Il voyage seul à pied, en train, bus, bateau en laissant venir l'instant sans le provoquer.
    Travaillant toujours au Leica et en noir et blanc, il fait corps avec cet appareil photographique et les noirs profonds de ses images confèrent à son écriture photographique une grande intensité.
    Ses cycles de travail s'étalent sur plusieurs années et couvrent plusieurs pays ou régions du monde : les Balkans où il a partagé une partie de son voyage avec l'écrivain François Maspero - ils publient ensemble Balkans-Transit -, les bords de la Mer Noire, l'ex-Union soviétique, les côtes de la Mer Baltique, les îles Caraïbes, Jérusalem, l'Amérique latine, l'Asie avec la Chine, le Japon et l'Indonésie, les îles Kerguelen. Il photographie depuis 1995 les adolescents en prison et anime régulièrement des ateliers photographiques avec de jeunes détenus, à Fleury-Mérogis en France mais aussi en ex-Union soviétique (Russie, Ukraine, Géorgie, Moldavie, Lettonie), en Slovénie, en Serbie, en Amérique latine (Guatemala, Salvador, Pérou). Il fera venir de grands noms de la photographie dans ses ateliers : Henri Cartier-Bresson, Marc Riboud et William Klein.

  • Les deux séries photographiques présentées dans ce livre, accompagnées d'un texte de l'historien Denis Peschanski, ont été réalisées sur une période de deux ans par l'artiste FLORE sur le Camp de Rivesaltes.
    Loin du photo-reportage, ce travail engagé tente de laisser une trace sensible des événements passés dans ce camp souvent oublié de l'histoire.
    FLORE utilise ici l'art comme instrument de mémoire, ce qui est sa manière de se positionner face au «faisceau de ténèbres qui provient de son temps», comme dit Giorgio Agamben.
    Elle a écrit à propos de ce travail :
    «J'ai embrassé toutes les peines, toutes les souffrances vécues dans ce camp et dans ces autres camps dont il ne reste presque pas de traces, sinon celles laissées dans les mémoires, et je les ai réunies dans mon coeur.
    Ce livre est né de la nécessité de cet accordage, d'un glissement de l'émotion violente, quasiment physique, éprouvée lors de la découverte du lieu et qui charriait avec elle, comme un torrent, à travers moi, toutes les histoires entendues de toutes ces vies englouties, les enfants et les espoirs morts, les plaintes dans l'obscurité glacée, la liberté perdue, vers la maturité d'une peine pleinement assumée et exprimée grâce à l'art, si j'ose dire.
    Cette nouvelle série de photographies n'est plus tant l'hommage vibrant ou la reconnaissance de la souffrance, du destin des victimes de ce camp-ci comme symbole de tous les camps, que le témoignage d'un être humain, enfant de la deuxième génération, inscrite dans son siècle, détentrice de son passé et attentive à notre présent, à notre avenir». Flore

  • Odysseia

    Antoine d' Agata

    Cinq itinéraires de deux semaines chacun, documentant le parcours de migrants tentant d'entrer sur le territoire de la CEE dans cinq lieux périphériques ou limitrophes de l'Europe : Tanger et la côte ouest du Maroc, Turquie/ Bulgarie, Grèce/ Albanie, Lybie / Lampedusa, Slovaquie.
    L'ouvrage documente par la photographie et la vidéo, cinq fragments d'itinéraires, cinq odyssées contemporaines, cinq parcours de migrants venus de points géographiques répartis en étoile autour de la ville de Marseille. Les lieux photographiés restent anonymes, non définis, non identifiables géographiquement : installations portuaires, aire d'autoroute, cales de bateau, routes, foyers, centres de rétention, camions, etc...
    La tentative est d'appréhender certaines dimensions urbanistiques et humaines de la migration contemporaine vers Marseille, la France et l'Europe à travers des trajectoires et des histoires individuelles, qu'Antoine perçois comme autant d'Odyssées contemporaines.
    «Antoine D'Agata est reparti. Enfin. Traqueur traqué, il aimerait tant qu'ils s'abandonnent à sa caméra, tous ces fugitifs, ces désespérés de l'Afrique subsaharienne, ces slaves, ces afghans, etc. Ils fuient, on le sait, la misère, mais aussi l'ennui et la bêtise. Ils se cachent. Les bois les abritent. Leur donner la parole, la tâche est rude. Les passeurs, les traducteurs, les fugitifs, chacun sauve sa peau et récuse la rencontre. Derrière l'appareil, on retrouve le photographe de Mala Noche, l'homme dans la mêlée de la Porte de David, le scrutateur précis d'un monde en mouvement.
    De tout cela que nous restera-t-il ? De ces voyages autour de la Méditerranée, il nous livrera des images nouvelles, un récit halluciné, à n'en point douter, les marques d'un nouveau départ.
    Jamais l'urgence d'un livre d'Antoine D'Agata ne s'est autant imposée.» François Cheval, directeur du Musée Nicéphore Niepce et commissaire de l'exposition au Mucem.

  • Après Anders Petersen, Christian Caujolle, nous fait découvrir dans cet ouvrage l'univers du grand photographe de l'agence Magnum: Raymond Depardon.

    En confiance, Raymond Depardon parle. Beaucoup, longuement, sans hésitation mais avec un débordement de digressions. Les repères temporels sont parfaitement en place, l'histoire présente, les souvenirs se combinent et les mots semblent en appeler toujours d'autres qui mènent la pensée ailleurs, ou plus loin qu'au moment où elle s'était mise en oeuvre.

    De l'enfance rurale à «la montée à Paris», de l'agence Dalmas entre people quotidien et terrains d'actualité et de guerre à la fondation de Gamma dont il devient un jour rédacteur en chef embauchant de jeunes photographes, puis de Magnum au cinéma, puis du livre - essentiel - à l'exposition, un Raymond que l'on pense parfois taiseux se révèle volubile.

    Il s'épanche sur ses motivations, ses envies, ses rapports, très importants et pensés en permanence à la technique, pour la photographie comme au cinéma. Choix d'appareil, de machines - dont il possède un très grand nombre, du Rolleiflex à la chambre grand format, et qu'il choisira en fonction du projet - qui détermineront un rapport au monde parce qu'elles imposent un angle de vision et une conception du plan. Il dit aussi sa relation à l'écriture, au texte, à la façon dont il les pratique et les lie.

    Il dit, pudiquement, des aspects intimes de son parcours, les envies d'emmener avec lui en reportage celle dont il est amoureux à un moment, ses départs parce qu'une relation sentimentale n'aboutit pas, n'est pas satisfaisante, des départs entre besoin de ne pas souffrir et de prouver, à lui et à l'autre, ce qu'il est, ce qu'il peut dire et donner.

    Une parole touffue qui correspond bien à ses tensions - qui ne sont jamais que des réalisations - entre photographie et cinéma qu'il transpose ou transporte l'une dans l'autre et vice-versa.

    Des mots qui disent et tentent de cerner les « photos de colère » qui l'ont toujours animé, en Afrique comme en Amérique Latine ou en France, avec les paysans ou les paysages qui ressemblent encore quelque peu à ceux qu'il a connus dans sa prime jeunesse.

    Des mots qui, souvent, lorsqu'ils s'apaisent, s'interrompent sur la permanence d'une solitude profonde. Celle qui le ramène toujours, sans que l'on le lui demande jamais, vers la ferme du Garet.

  • Regla

    Nicola Lo Calzo

    Regla, qui signifie «règle» en espagnol, renvoie les Cubains à leur régime politique, mais aussi à leur patrimoine afro-cubain. Car la Regla de Ocha comme la Regla Abakuá désignent des sociétés secrètes et des croyances polythéistes venues d'Afrique. Regla est également le nom d'une petite ville portuaire de la commune de La Havane, considérée comme un centre majeur pour ces deux cultes.
    Nicola Lo Calzo s'intéresse depuis 2010, avec son projet «Cham», aux diasporas africaines et aux mémoires postcoloniales, il a mené ses recherches à Cuba en 2015 et 2016.
    Les images présentées ici sont le résultat de l'immersion dans des espaces marginaux, anciennement clandestins mais maintenant tolérés, et ce sont surtout ses images des abakuás qui impressionnent.
    Toujours très crainte, cette société initiatique secrète masculine est née au début du XIXe siècle en périphérie de la capitale, où était concentrée la population noire, esclave ou libre. Sa tradition se rattache aux sociétés initiatiques Ekpe du Nigeria.Dans la culture populaire cubaine, la société secrète Abakuá est une des plus respectées et redoutées car elle est fondée sur une éthique stricte associée à la virilité. Dans ses temples, il existe également une forme de liberté et d'émancipation face au régime qui permet à la jeunesse de s'épanouir.
    130 années après l'abolition de l'esclavage, ces espaces de liberté, basés sur des valeurs telles que la solidarité, le sacré, la mémoire, l'importance de l'individu et la liberté d'expression, sont les héritiers directs des formes de culture et de résistance développées par les Africains esclaves ou libres au cours de la période coloniale espagnole.
    Le hip-hop, mouvement qui a été introduit des États-Unis dans les années 1990 joue également un rôle important en créant un espace de liberté et d'anti-pouvoir pour les nouvelles générations. Regla montre comment les rappeurs revendiquent une identité et une culture noires et font remonter à la surface l'histoire d'un passé d'esclave.

  • Jean-Marc Caimi (né en 1966, France) et Valentina Piccinni (née en 1982, Italie) sont un duo d'artistes qui ont commencé à collaborer en 2013 pour des projets axés à la fois sur la photographie documentaire et la photographie plus personnelle et intime. Leur nouveau projet Güle Güle est un voyage à travers les multiples microcosmes d'Istanbul, s'éloignant des images stéréotypées et touristiques pour découvrir les aspects les plus intimes et surprenants de la ville. Ici, les personnes, les lieux et les situations forment un tissu conjonctif dense, un mycélium d'existences.
    «Güle Güle (au revoir en turc) est un projet personnel axé sur la ville d'Istanbul. Pour documenter les profonds changements qui se produisent dans la ville et dans la société turque, nous avons été en contact étroit avec les réalités qui sont les forces motrices et les résultats de ce changement. Les photographies sont issues de relations multiples, pénétrant la complexité de la ville et de ses microcosmes contrastés. La gentrification, la marginalisation des classes les plus pauvres, la discrimination croissante contre l'homosexualité, la migration massive des réfugiés syriens et la question de la communauté kurde ne sont que quelques-unes des réalités cachées derrière les sujets représentés.
    Tout en suivant une approche documentaire, nous avons décidé de laisser le contenu informatif et didactique des images à l'arrière- plan pour favoriser leur immédiateté visuelle et une narration ouverte».

  • «L'ancien élève et ami de Christer Stromhölm reste comme toujours attaché à l'humain, à son énigme, à sa solitude et à la profondeur des sentiments complexes qu'il a su mettre en évidence aussi bien à l'hôpital psychiatrique qu'en prison. Pour aboutir à cette profonde « vérité », il vit avec ceux qu'il photographie. Il résume parfaitement le dilemme qui est le sien : « Je sais que pour faire de bonnes photographies, pour être à la distance juste, il faut que j'aie un pied dedans et un pied dehors. Mon problème, c'est que je finis toujours par avoir les deux pieds dedans !
    Cela date du tout début, quand, en 1967, il s'installe pour trois ans dans un bistrot du port de Hambourg, le café Lehmnitz, hanté par les marins en goguette, les prostituées, les paumés et les alcooliques du quartier. Là, on boit, on danse, on s'aime, on pleure, on chante. Anders vit là, prend des photos au vol et dresse un portrait bouleversant d'une humanité en dérive qu'il aime profondément. Et il révèle, dans des situations de marginalisation, une intensité et une vérité rares des sentiments. Poète d'un monde souvent noir, raisonnable à sa manière parce qu'excessif, Anders Petersen est en constante prise de risque.»

  • Hulls

    Monika Macdonald

    Dans ses photographies épaisses, lourdes d´âmes et de chairs, habitées de force et de vulnérabilité, Monika Macdonald insuffle un érotisme inusité en photographie qui provoque une vision de l´intériorité plus qu´il ne suscite le fantasme. Elles invitent à observer des instants d´abandon comme d´introspection où les êtres, lointains et pourtant concrets, sont saisis dans leur quotidien comme sujets désirants plutôt qu´objets de désir. Ici l´intime est suggéré, et quelque chose de l´ordre du négligé d´existence fait surface. Monika Macdonald montre ce qui reste en l´absence, la chair du quotidien : rencontre, abandon, goût de la solitude. L´envoutement de ses images nous laisse pénétrer au-delà du visible et entrevoir cette intimité qui d´ordinaire est tue. "Mes images sont des souvenirs. Pour accéder au sentiment de solitude et de vulnérabilité. Pour être admise au-delà de la raison, loin de ce qu´on nomme la réalité".

  • Garden of delight

    Nick Hannes

    Nick Hannes est né à Anvers en 1974, il vit et travaille en Belgique.
    Il obtient son diplôme à l'Académie Royale des Beaux-Arts (KASK) à Gand en 1997. Pendant les huit années suivantes, il travaillecomme photojournaliste.
    En 2006, il cesse son travail de presse, afin de se concentrer pleinement sur ses propres projets documentaires. Il est parti en bus et en train à travers l'ex-Union soviétique, ne portant qu'un sac à dos et un appareil photo. Cette aventure a abouti à son premier livre, Red Journey (Lannoo Publishers, 2009), qui traite de la phase de transition dans la société post-communiste. Red Journey a jeté les bases de son approche photographique, emprunte d'une forte composante politique et sociale dans laquelle, l'humour, l'ironie, l'ambiguïté et les métaphores visuelles jouent un rôle prépondérant. Nick Hannes essaie de se détacher de toute valeur informative possible afin de créer une imagerie plus universelle qui traite de la relation complexe que nous entretenons les uns avec les autres, avec notre environnement et avec notre monde en général.
    En 2010, Nick commence Méditerranée. The Continuity of Man, un projet épique qui a impliqué vingt voyages dans 21 pays méditerranéens sur une période de quatre ans. Publiée en 2014 par Hannibal Publishers (Belgique), cette série juxtapose les réalités et paradoxes parallèles de la région méditerranéenne, en se concentrant sur diverses questions contemporaines telles que le tourisme de masse, l'urbanisation, les migrations, les conflits et les crises de toutes sortes. Méditerranée. The Continuity of Man a été exposé au Musée de la Photographie (FoMu) à Anvers en 2014, avant de voyager dans plusieurs festivals et musées internationaux de photographie.
    Avec le projet Garden of Delight, Nick Hannes travaille sur le consumérisme, les loisirs et le développement urbain artificiel à Dubaï. Le livre et l'exposition seront lancés en décembre 2018 à De Garage à Malines, en Belgique. La série a reçu le Magnum Photography Award en 2017, le Zeiss Photography Award en 2018 et a été présélectionnée pour le Nannen Preis 2018.

  • Les images d'Antoine d'Agata sont tramées dans du politique. Il les arme de sa révolte, de sa conscience et de sa lucidité. Toujours, en creux, en saillie, en fond, en figure, le politique est là. Dans la violence aussi parce que dire ne peut se faire dans les demi-tons. C'est un cri, un soulèvement qui viennent de loin, d'abord retenus dans le silence où Antoine s'est muré pendant ses années de vie dans la rue : « Entre dix-sept et trente ans, mon existence a été essentiellement marquée par des choix absolus liés au refus de toute compromission : la rue, la zone, la défonce, l'errance ».
    La photographie a ouvert la brèche, libéré le passage à un exister qui trouverait sa forme dans « un langage qui lui permettrait d'aller jusqu'au bout de mes choix ». Ceci n'est pas sans contradictions : « Le langage pris, filmé, photographié n'est jamais un équilibre. Dès qu'on est dans la vie, les images sont de la merde, dès qu'on est trop dans la photographie, la vie passe... du coup, tout ce que je peux faire, c'est tenter en permanence d'atteindre cet impossible point où la vie et le langage qui rend compte de la vie se confrontent . » Aucune image n'existe pour elle-même, chacune d'elle vient écrire une histoire sans début ni fin. Elles arrivent, portées par un souffle qui s'épuise, une fatigue de plus en plus extrême. Mais tenues par une volonté de continuer ainsi parce que c'est le seul moyen qu'Antoine a trouvé pour affronter sa position « vis-à-vis de la nuit, vis-à-vis du monde, vis-à-vis de toutes ces rencontres, de toutes ces trajectoires ». Il dit aussi : « Je suis plus radical aujourd'hui que je ne l'étais . » Ses contradictions sont ses forces, ses fragilités sont son humanité. Toujours entier, ses avancées sont des tracés d'existence où jamais le confort d'un acte photographique ne vient altérer l'image. Dressé, lucide, sensible : « Je rappelle que quand j'ai fait mes premiers textes, je disais qu'on ne peut pas vivre et se photographier en train de vivre. Tout est impur, rien n'est pur, rien n'est vrai, rien n'est faux, on est dans une tentative...
    Le fait de baiser en faisant des photos en même temps, cela rendait l'acte sexuel plus intense, plus conscient, tu le vis, tu le sens, tu le regardes, de l'extérieur, de l'intérieur, tu multiplies les perspectives, tu multiplies les sensations, mais tout est faux, dès que tu mets une caméra, un appareil, tout est faux. Personne n'oublie qu'il y a un appareil mais de mettre l'appareil, ça force à aller plus loin... Et c'est ce qui s'est passé pour moi avec la photographie en général, de commencer à faire des photos m'a forcé à aller plus loin dans mes choix et le langage photographique m'a donné le moyen au moins d'être sensible à mes contradictions, à mes forces . » Une voie qu'Antoine n'a pas quittée. Obstinément, résolument, il s'y est tenu. Mais après des années, il y a le constat : « Mes tentatives de revendiquer ce que je fais et ce que je suis n'ont pas abouti. Mais je dois aller jusqu'au bout, titrer les conséquences de cette remise en question de la photographie, lui donner une forme cohérente, rendre compte de façon plus juste et lucide de mon appréhension du silence et du vide . » Aller plus loin encore, sans répit, continuer jusqu'à l'exhaustivité. L'excès comme art de faire, comme résistance...

  • En mars 1986, dans le quartier de la Bourgogne à Tourcoing, une dynamique s'est mise en route suite au cri de souffrance d'un jeune nommé Joao lors d'une rencontre de jeunes chômeurs en JOC (Jeunesse Ouvrière Croyante : musulmans et chrétiens) : « Il faut faire quelque chose contre la came, sinon ils vont tous crever dans ce quartier ! ».Dès son origine, REAGIR a développé une approche communautaire : ce temps permet la rencontre, le dialogue, l'écoute et la prise en charge collective de la problématique liée à l'usage de drogues.
    Après la prison, c'est ce terrain que Sébastien Van Mallhegem à décidé d'explorer, il vient de passer une année avec les usagers et l'équipe de l'association, l'objectif étant de produire un ouvrage afin de sensibiliser un large public aux problèmes que rencontre toute une population aujourd'hui face aux addictions.

  • «SMITH est artiste « depuis son plus jeune âge », comme l'énonce si justement cette expression. Nous nous sommes rencontré(e)s peu de temps après son diplôme de l'Ecole nationale de photographie d'Arles. C'était son deuxième diplôme, pas le dernier. Il y avait déjà eu Hypocagne, puis un Master en Philosophie, et il y aurait celui du Fresnoy les années suivantes. C'est d'ailleurs au cours de ces dernières que SMITH fit son entrée à la galerie Les filles du calvaire, dont j'ai été la DA pendant plus de vingt ans.
    Je découvrais SMITH lors d'une exposition personnelle qui mettait en évidence une approche sensible de son entourage. Les portraits et les paysages de divers formats, associés dans l'accrochage offraient une délicate ouverture sur un monde jeune et fragile d'êtres humains en devenir de leur genre et de leur identité. C'était personnellement la première fois que je faisais face à un travail aussi juste, porté par une véritable complicité, tout en étant associé à une mise à distance.
    Ce sujet est habituellement traité avec provocation et une relative démesure, comme si ce « milieu » ne pouvait vivre que dans une atmosphère brutale et uniquement selon un mode protestataire. Chez SMITH c'était tout le contraire. Du coup, le message passait selon un mode humaniste et le geste devenait poétique. J'ai adoré cela. Sans doute, il y avait-il correspondance avec mon propre cheminement.
    On me dit souvent punk, féministe et militante, alors que je suis certes un peu rock'n roll mais surtout éthiquement engagée, généreuse et humaniste, selon l'ancien sens renaissance de ce terme. J'ai dépassé il y a bien longtemps mon désespoir vitupérant d'anarchiste utopiste adolescente. Mais ce passé ainsi que douceur humaniste ont pu éventuellement nous rapprocher.
    Ce soir-là nous discutâmes longtemps derrières les étagères. SMITH était incroyablement timide et pourtant si présent(e) lors de ce discret face à face. J'eus une tendre attirance intellectuelle pour cette jeune et fragile personne dont le cerveau semblait tourner à cent à l'heure.
    Cet(te) artiste capte ce qu'il/elle voit à travers son prisme de vie, sans jugement ni hiérarchie, juste sa propre distance au réel - parfois avec beaucoup d'innocence. L'intime de sa vie se mêlait totalement à son travail à l'époque. Aujourd'hui c'est un peu différent, car si ses modèles sont toujours ses muses, elle a tendance de plus en plus à les choisir, à les séduire plutôt qu'à les recruter, pour qu'ils adoptent et s'immergent dans son univers fictionnel. Celui-ci peut alors prendre alors le pas sur la réalité de leur être, comme si l'artiste leur offrait une vie parallèle... Nous en reparlerons».
    Christine Ollier (extrait de la préface).

  • Corpus

    Antoine d' Agata

    Ce petit opus de 64 pages uniquement composé de photographies d'Antoine d'Agata réalisées dans la plaine du Pô, pourrait accompagner ou illustrer le livre de Christine Delory-Momberger «Le geste d'Agata» publié en février 2017 chez AF Éditions.

    Les vies de A et de ses personnages sont ces chemins heurtés, chaotiques et funambules, qui ne s'éprouvent qu'au bord du vide.
    Elles se croisent, s'enlacent et se blessent dans leur exil permanent.
    Leur sens réside peut-être dans l'errance, l'au-delà de soi, l'au-delà des corps, l'épuisement du désir. Une expérience extrême de la liberté. Il est alors évident que la route, ce nonlieu, à chaque borne tourné vers l'ailleurs, devienne le temps d'un voyage, le théâtre pathétique de la vie. A entre dans la danse, sans autre choix que sa propre dissolution, son propre éclatement, au long de la grande route. Il charrie avec lui des lambeaux de réminiscences, des peurs maladives. De son histoire, comme de la route, ne restent alors que des mots, des images, emportées par le traffic, le grand flux incessant, l'éternelle spirale.
    Jean-Baptiste Del Amo.

    Mai 2014: Frontière italienne / Passo della Morte / Source du Pô / Sur la France et l'Italie, le soleil descend...
    Un amas de rochers et de buissons, un seul; un amas de terre, avec des pics, des creux, des courbes...
    En face la montagne, le pas de la mort, le saut de la Mort. P. P. P.
    / A: Unni cci persi i scarpi u signuri...
    Le monde s'ouvre à moi dans un souffle. Mon corps balance dans le vide. Je suis là où je veux être. Image fixe. Ne pas tomber. Penser ses entrailles. Approcher mes lèvres. Ce sera comme renoncer à un vice, voir resurgir dans le miroir un visage défunt, écouter des lèvres closes. Nous descendrons dans le gouffre, muets. Je revois son visage. Goût de sang dans la bouche. Là, nait le fleuve qui purifie les hommes de la mort. La montagne se fond dans l'air rouge.
    L'odeur de la viande ne me quitte pas. Lui est là, qui a pleuré pour moi, ou à cause de moi.
    Antoine d'Agata

  • Valparaiso

    Anders Petersen

    Valparaiso est un essai photographique d'Anders Petersen. Le travail a été réalisé en août 2014, lors d'une résidence organisée par le Festival International de Photographie de Valparaiso, FIFV. C'était la première fois qu'Anders Petersen se rendait en Amérique Latine.

  • Deux voix, deux personnes qui se rencontrent, qui s'entretiennent, qui se connaissent depuis longtemps. Alberto Garcia- Alix, photographe espagnoL et Nicolas Combarro, curator et photographe.
    Né à León en 1956, poète, rockeur et matador anarchiste dans l'Espagne d'après Franco, Alberto Garcia-Alix puise son inspiration dans son entourage immédiat, « ceux qu'il a devant les yeux ». Auteur d'une fresque poétique et poignante, célébrée à Arles en 2007 puis au Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía de Madrid, ce photographe à l'âme de biker s'est forgé, dans les années 1980, un style inimitable en portraiturant ses proches, acteurs déjantés des nuits madrilènes. Autodidacte, il a approché le monde du cinéma avant de devenir photographe et de travailler pour différents médias, tels que le quotidien « El País ».
    Alberto Garcia Alix est certainement un des photographes les plus représentatifs d'une époque, d'un mouvement, d'un pays. Derrière la dureté de certains de ses portraits, il n'en capte pas moins une grande poésie. Il est considéré comme un photographe intransigeant, obsédé par la recherche de la réalité. Il traque la simplicité à travers un plan frontal très direct, il n'apprécie pas la sophistication ni les trucages, et son obsession reste la pureté du développement en noir et blanc. En 2003 il reçoit le Prix Photo España et d'octobre 2014 à Janvier 2015, il expose sa série photographique «faux horizons» à la maison Européenne de la photographie a Paris, dernièrement il a exposer son travail su Valparaiso au Festival ImageSingulières à Sète.

  • Push the sky away

    Piotr Zbierski

    Les photographies de Piotr ne reflètent pas la réalité, elles sont plutôt une réaction à la réalité : apprivoisée et étrangère, répétitive et enfermée dans un seul phénomène, peuplée par d'anciens dieux détrônés et persécutée par les angoisses de la civilisation. Les photographies contiennent souvent des éléments imprévisibles. Nous reconnaissons et classons ces photos dans des catégories de notre propre mémoire l'image interne. Lorsque nous choisissons une image, nous savons qu'elle est en nous depuis la nuit des temps, plus ou moins consciente; nous la portons en nous-mêmes comme l'héritage des générations: immensité des eaux, arbre, clair de lune, rayons du soleil, solitude, rire, tristesse, chemin, mort, amour, chagrin, cendres, ombre... - la portée universelle du sort humain et préhumain. L'image était précédée par le mystère, le culte, le mythe et l'expérience physique de l'espace et du temps immobile, un désir fondamental de l'homme. À l'Instar du mythe, qui est un défi porté à la mortalité et qui sait arrêter le temps qui passe, notre image interne sait arrêter la mortalité, la nier. La réalité / l'irréalité du monde contemporain où se promène Piotr Zbierski est peuplée par les «cendres» des dieux et des religions déchus. L'endroit vu par le Photographe, fixé sur la pellicule, devient un endroit qui accumule des histoires exceptionnelles, le registre de la mémoire de l'histoire qui comprend l'histoire de la vie de l'Auteur, celle de ceux que nous voyons sur les photos et de nous tous.
    Ainsi on partage ses émerveillements, ses angoisses, ses fascinations, on est avec ses vivants et ses morts, on participe à la cérémonie du retour quasi archéologique à l'image gravée dans notre corps. Cette image a été saisie grâce à l'intuition exceptionnelle du Photographe, à sa certitude archétype qu'il existe une force physique exercée par cet état d'esprit qui avait fait se figer cette image à un endroit et à un moment précis.
    L'image devant l'image, l'image première, l'image-question sur la cause de l'effondrement de l'ordre spirituel de l'univers. Les photographies de Piotr paraissent placer leurs destinataires devant les tensions irrésolues du passé, les revendications pas toujours comprises de la science moderne, les calculs rationnels dus au progrès audacieux de la technique qui se sont emparés de tous les domaines de l'expérience humaine. Le regard du Photographe paraît arriver au-delà des images; et en recherchant l'origine des causes et principes premiers, il retrouve le barbare, tout en étant conscient de l'avertissement de Friedrich Nietzsche qui a dit que le retour aux origines signifie en fait toucher l'encore-inhumain.

  • La vie ordinaire de Robert Maurice Debois l'extraterrestre, vient d'ici et d'ailleurs. L'ouvrage réunit les photographies de l'humain Brice Krummenacker, et retrace les aventures de notre héros : Robert Maurice Debois, l'être le plus classe de la voie lactée, voyageur interstellaire et Alien extraordinaire (le terme martien est discriminant, Robert ne vient pas de Mars).
    Il est né il y a bien longtemps dans une galaxie très lointaine : Gaia, dans l'amas globulaire M 13. Là il capte par hasard le message de d'Arecibo.
    Curieux de savoir pourquoi une espèce apparemment intelligente a pris la peine d'envoyer à 150 années lumières de chez elle un message aussi inintéressant que le numéro atomique de l'hydrogène et du carbone, il décide de ses rendre sur terre et d'investiguer. Et puis, au passage, ces créatures au mode de vie insipide bénéficieront sans aucun doute de quelques conseils vestimentaires, gastronomique ou autre.
    À son arrivée, notre envahisseur de l'espace prend vite conscience d'une chose : la conquête de ce monde où la réalité est de plus en plus virtuelle passera par les réseaux sociaux. Karl Lagerfeld et Terri Richardson étant trop chers, il décide d'asservir Brice Krummenacker à l'aide d'une sonde bien placée. « Lui, j'aime sa coupe ! » aurait-il dit. Le photographe va lui ouvrir des comptes Facebook, Instagram ... Et même Tinder !
    Les attaques de Robert sont globales : il match, like, tag ... Il partage !
    Loin des canons de beauté habituels, il s'exhibe et aime poser pour l'objectif.
    Kebab astral, passion, pour les frères Bogdanov, pour la musique du keyboard cat, garde-robe galactique, petit joint sidérant ... Chaque poste fictif se réalise et la célèbre formule « Je pense donc je suis » devient « Je poste donc je suis ».
    L'incongru, l'inattendu et l'étrange sont les éléments essentiels du voyage de Robert.

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