Mehdi Charef

  • Vivants

    Mehdi Charef

    1963. Ahmed et sa famille sont relogés dans une cité de transit. Une solution provisoire, un peu plus confortable que le bidonville, dans l'attente du graal, les HLM. Des baraques améliorées, avec eau courante et électricité, que les femmes considèrent comme un miracle. Le lino a remplacé la terre battue, mais l'avenir reste incertain pour le petit garçon. Le provisoire s'éternise. Décidé à échapper à l'usine, seules l'école et la maîtrise du français lui permettront de transmettre sa colère, mais aussi sa joie d'être en vie...

  • Dans le hall d'entrée, mon père s'arrête face aux boîtes aux lettres. Il y en a trente-deux. Il les fixe, cherche notre nom. Soudain ému, il avance d'un pas et tend un doigt vers l'étiquette blanche où est écrit "Charef" . Je ne dis rien. Il y a des hommes, beaucoup, qui rêvent de voir leur nom briller en rouge, en lettres larges, encadré de néons multicolores, scintillant, clignotant, en haut d'une affiche, sur un fronton.
    Mon père voit son nom à la hauteur de ses yeux et déjà, il n'en revient pas. L'exil qu'il nous a fait subir, les bidonvilles, la sordide cité de transit, il sait qu'on en a souffert. Mais il a réussi, mon papa. Maintenant il respire, et nous aussi. Années 1970. A l'usine où le fils travaille pour compléter la paie du père, au HLM où toute la famille est enfin installée, s'ajoutent les cheveux longs, les bottes à talons, les virées en boîte, Jimi Hendrix et Janis Joplin.
    Dans cette cité mille fois rêvée, enfin habitée, souffle un nouveau vent de liberté. La Cité de mon père est le septième roman de Mehdi Charef, né en 1952, qui a notamment publié Le Thé au harem d'Archi Ahmed (1983) et réalisé onze films.

  • Rue des pâquerettes

    Mehdi Charef

    1962. Un hiver terrible enserre les bidonvilles de Nanterre. La Seine est gelée. C'est donc cela la France, cette terre d'accueil dont son père lui a tant parlé ? Le froid partout, les regards en biais, les chantiers pour horizon - l'usine, au mieux ? À l'école des Pâquerettes, on doute qu'un petit Algérien de 10 ans, tout juste déraciné, puisse rattraper son retard et rêver mieux. C'est compter sans les livres, le cinéma du quartier et le pouvoir des mots...

  • Une cité h.
    L. m. sur les murs : graffitis, slogans, appels de détresse, dessin obscènes. madjid vit là. il est fils d'immigrés, paumé entre deux cultures, deux langues, deux couleurs de peau, et s'invente ses propres racines, ses attaches. il attend. sans trop y penser à cause de l'angoisse, insupportable. la peur règne. la violence. l'amour aussi. pour la mère malika, les frères et soeurs, le père - un petit vieux tombé d'un toit et qui a perdu la raison.
    Pour les copains et l'ami pat, celui des bons et des mauvais coups, de la drague et de la drogue. la tendresse, l'amitié, quelques rires : ce sont les seules lueurs dans une existence vouée à l'échec. " ca chante pas le béton, ça hurle au désespoir comme les loups dans la forêt, les pattes dans la neige, et qui n'ont même plus la force de creuser un trou pour y mourir. ".

  • Par le biais de la figure haïe du harki, un autre regard sur les histoires communes française et algérienne.
    Il avait honte de revenir dans cet état, sous son lourd manteau et son képi. Il avait fondu, il allait le dos courbé à petits pas. Je n'ai même pas pu lui laver les pieds : ils étaient blessés et pansés. Le fusil encore sur l'épaule, voilà comme il est revenu !
    Quand ils n'ont plus eu besoin de lui ils l'ont laissé partir sans soins. Son ventre était tailladé par les coups de baïonnette et les pansements secs avaient épousé les plaies.
    De gros trous dans le ventre et des cicatrices jusqu'au cou. Nuit et jour que je l'ai soigné ! Je l'ai emmené en pèlerinage à Sidi Ali, je l'ai lavé au hammam Boughrara.
    Rien n'y a fait. Il est mort de ses blessures. Je le vois encore caressant le museau du chien et se forçant à sourire pour me rassurer. Avant de mourir, il m'a dit : « J'ai tué des hommes. Puis, avant de tourner la tête : Ils avaient aussi peur que moi ! » Algérien enrôlé par la France dans la Seconde Guerre mondiale, son beau-père n'a jamais figuré sur aucun monument aux morts. Devenu harki pour échapper à la misère imposée par le système colonial français, son mari appellera toute sa vie l'opprobre de ceux qui n'auront eu le courage ni de le combattre ni de l'imiter. Né après un passage en cité de transit dans le sud de la France et promis à des études de droit, son fils meurt sous les coups d'extrémistes de droite outrés qu'un bicot puisse détenir la même nationalité qu'eux. La vie de Meriem, qui a épousé Azzedine alors qu'elle portait tous les stigmates de la femme répudiée, contient toutes les injustices de l'histoire franco-algérienne. Mais c'est aussi elle - et son souvenir - qui encouragera ses enfants, puis ses petits-enfants, à revendiquer en Algérie et en France le respect et la dignité que sa génération n'aura jamais obtenue.

  • à-bras-le-coeur

    Mehdi Charef

    'Depuis que maman a dit à ma grand-mère qu'on allait bientôt rejoindre mon père en France, Hanna vient tous les jours à la maison. Pour mon père, vivre sans nous est une épreuve. Nous lui manquons, la décision est prise. Moi, au début, je n'ai rien ressenti, je ne savais pas quel effet ça faisait d'être là-bas. Ensuite, je me suis mis à vivre avec une inquiétude tenace que je trimballais partout. Et la tristesse : quitter Hanna, le reg, ma tribu, Abdel, tout.' Du reg algérien de son enfance au bidonville de Nanterre, Mehdi Charef raconte les tribulations d'un petit garçon dont la vie n'a pas toujours été facile. Pour vivre, il a dû se battre : chez lui, sur la terre de ses ancêtres, comme en France, son nouveau pays d'accueil, au milieu des années 1960.

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