Véronique Pittolo

  • À l'approche de la soixantaine, une femme doit faire des efforts pour atténuer les rides et bien choisir ses petites culottes, surtout quand elle n'a pas la silhouette d'Ursula Andress.
    Des efforts, l'héroïne de ce roman en fait encore, le soir, pour rompre sa solitude sur les sites de rencontre, livrée aux faux-semblants du virtuel.
    Avec Norbert (rencontré sur Meetic), elle baise, elle va à la piscine, elle parle de tout, de sexe, du salaire des patrons du CAC 40, des migrants, de #Me too, de sa future (toute petite) retraite. Elle lui parle de poésie, il répond T'as pas d'autres sujets en réserve ?
    Il cite la sélection de l'équipe de France, elle préfère Kafka, il la voudrait en robe, elle préfère les pantalons. À part ça, ils s'entendent bien.
    À la piscine avec Norbert est un texte cru, drôle et enjoué, une réponse féminine et féministe aux Houellebecq de tous bords.

  • Monomère & Maxiplace interroge la famille à travers une grille ludique (jeu de 7 familles, poker, échecs).
    L'appartenance à une famille renvoie aussi une familiarité avec des archétypes. Les figures des cartes sont des symboles, fictions ouvertes que l'on peut permuter, décrypter, à l'aune de son propre vécu. Aux schémas issus de la culture populaire (personnages ou héros de contes, de romans), cette autobiographie en "jeu de cartes" fait revivre des étapes de l'existence entre hasard et décision, destin et libre-arbitre.

  • Un narrateur multifonction, journaliste, poète, scénographe, consultant, conseil en communication, expose sa vision de l'histoire et de l'actualité par des allers-retours entre le monde actuel et 1789, interrogeant les notions d'aliénation et d'émancipation, de citoyenneté, dans un processus d'adresse au lecteur, pour tenter de répondre aux questions suivantes : Est-il possible d'inventer une poétique du monde social et politique ? De pointer, par le medium littéraire, les défaillances du système actuel ? La Révolution française est-elle un capital ? Si oui, comment le transformer ? Peut-il exister un imaginaire de la contestation ? Dans cet ouvrage, l'auteure propose une simulation de la Révolution, en associant détournement, humour et politique. L'humour consiste à « revoir 89 » avec les expressions du marketing et du capitalisme (briefer, vendre, gagner.), à délester le champ lexical de cet espace de sa charge pernicieuse, pour mieux démontrer comment, aujourd'hui, la communication et le marketing « sont » la politique. Ce tour de passe-passe permet de dénoncer un monde où le succès, les médias et l'argent justifient tout. La Révolution devient un leurre, un programme rentable ; et son évocation, un jeu, avec ses figures, légèrement grotesques, émouvantes, proches de nous.

  • Si dans hélène, il y a hell et laine, c'est que l'enfer est doux.
    Selon certains chercheurs, elle n'est qu'une éraflure sur une poterie grecque. cependant, les immortelles ne peuvent être esquintées ni vieillies. pour la plupart des gens, une femme qui part sans dire pourquoi est toujours suspecte. amoureuse de deux hommes à la fois, d'accord, mais est-ce possible de plaider l'innocence ensuite ? hélène, pâris, ménélas. que sait-on ? que croit-on savoir à leur sujet ? dans cette fiction démontée, dépliée et repliée autrement, on entend la parole d'un metteur en scène qui livre à son assistant un mode d'emploi du mythe, à travers quelques icônes contemporaines : le séducteur, l'homme quitté, la plus belle femme du monde, la femme qui s'en va...

  • "Ici sont réunis les textes d'enfants et d'adultes atteints de cancer, soignés à l'Institut Gustave Roussy entre 2007 et 2011: poèmes, petites proses, réflexions, écrits dans un temps particulier, parfois accéléré, qui est celui de la maladie. J'ai tenu à établir une correspondance entre ces textes, des oeuvres littéraires, et ma réflexion d'écrivain, dans un croisement dynamique et constructif. [...] Si la maladie parasite l'existence, la création propose des pistes de liberté. J'ai compris rapidement que le rôle de l'écrivain et la mission de l'hôpital pouvaient se rejoindre lors de moments privilégiés, l'atelier d'écriture fonctionnant comme un laboratoire de création au jour le jour." Si les renards ont mauvaise réputation parce qu'ils volent les poules, le cancer vole la vie. L'expression poétique est peut-être une des manières subtiles de le combattre, une aventure modeste qui crée du lien et montre que l'hôpital est un espace citoyen où on peut interpréter le monde et produire des fictions.

  • Le spectacle, la foule, la révolte ou pas : un questionnement à rebours de la Révolution française comme show télévisé, et en quoi ça nous en dit pas mal sur aujourd´hui...
    Véronique Pittolo, c´est rare parmi notre tribu des auteurs d´aujourd´hui, ne laboure qu´un seul champ. Il faut dire qu´elle a établi son champ de fouille dans un terrain de vaste horizon, sans barbelés autour, et où on ne se risque guère à venir lui faire concurrence.
    Chaque civilisation, depuis son origine, s´invente des mythes.
    Ils se ressemblent, diffusent de l´une à l´autre, ainsi le déluge, ainsi l´idée du sacrifice, ou des conjurations de la peur.
    Ces mythes, les fables les incarnent tour à tour en dieux, en personnages, mais, quand ils nous rejoignent, c´est que ces personnages viennent traverser de plain pied notre histoire, sont là tout auprès de nous pour nous guider dans ce que le présent a d´opaque, où on ne sait rien. Et pas sûr que cette main qui nous guide nous apprenne autre chose que l´abîme.
    Mais si ça suffisait à définir l´étrange suite de textes brefs que Véronique Pittolo a publié jusqu´à aujourd´hui, on la manquerait certainement. Ce territoire où elle campe, elle l´a installé carrément du côté des personnages, des mythes, et c´est depuis eux qu´elle nous convoque nous, et notre petite société, ses peurs, son présent incertain.
    Ce qui fait une oeuvre, ce n´est pas forcément la réussite isolée, le texte qui tranche : c´est plutôt cette obstination de quelques-uns à rester là, au même endroit, pour leur pioche ou leur sillon.
    Et ceci dès Héros (Al Dante, 1999), par lequel la plupart d´entre nous ont croisé pour la première fois son écriture (ou voir extrait).
    Mais c´est aussi Opéra isotherme (ne manquez pas cette lecture de Nathalie Quintane), entre Siegfried, Mélisande et la Callas, et une focalisation sur le féminin, ce qu´elle dit une autre vision du monde.
    Et Véronique Pittolo renouvelle aujourd´hui son pacte avec Laurent Cauwet en proposant chez Al Dante, ce printemps 2008, Hélène mode d´emploi :
    Dire qu´Hélène ressemble à toutes les femmes qui ont vécu, vivront, c´est dire que la Terre est plate.

    Avec une voix de speakerine.

    Je ne sais pas ce qui m´a pris dira la femme chamboulée qui retrouve une prime jeunesse.
    J´ajoute que, si j´ai sollicité Véronique Pittolo pour un texte sur publie.net, c´est que nous sommes aussi dans un autre partage : depuis 2 ans, à l´institut Gustave-Roussy de Villejuif, elle accomplit un impressionnant travail d´écriture et art plastique avec les enfants hospitalisés. Mais avec eux aussi, cette confrontation des routes, du destin, et des personnages qui nous y aident, ou les symbolise, est central.
    Qu´on ne se méprenne pas sur La Révolution dans la poche, 1er texte non engagé sur la Révolution française : si c´est Internet qui l´accueille, c´est parce que la teneur politique de tels textes appelle à ce qu´ils soient mobiles (comme les gendarmes du même nom). Texte à faire circuler. A embarquer pour lecture sur vos téléphones, vos ordis de bureau ou planter plein écran, comme si vous aviez oublié de le fermer, sur l´ordi de la salle des profs ou de la bibliothèque.
    Une partie des travaux de la littérature d´aujourd´hui, pour cogner fort, éprouve le besoin de textes courts qui l´éloigne de la distribution imprimée, et de la diffusion en cartons : et alors ? Voici de quoi les alimenter, les ordis et les téléphones. On pourrait pirater avec ces textes les caméras de surveillance, les messages dans les halls de gare, les publicités sur écran plat au fronton des immeubles : d´ailleurs, on y travaille.
    Qu´on ne se méprenne pas : ce n´est pas la Révolution française, que Véronique Pittolo ici interroge, mais bien la phrase de Walter Benjamin - pourquoi ne se révoltent-ils pas ?
    Ou la formulation qu´en donne Véronique Pittolo ci-dessous : Peut-il exister un imaginaire de la contestation aujourd´hui ?
    Vous verrez : l"interrogation est contemporaine. Le spectacle, la peur, la foule, la révolte, la responsabilité et la décision, et Saint-Just, ou Danton, et des portraits qui surgissent, sculptés en quinze

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