Philippe Bonhème

  • Par ses réalisations ambitieuses, Yannick Seigneur a marqué l'alpinisme des années 1960-1970. Mais en professionalisant son activité d'alpiniste avant l'heure, il fut accusé de vendre son âme au diable...

    À son époque, il fut le meilleur alpiniste français, en compétition avec l'Italien Reinhold Messner pour la conquête des quatorze « 8000 ». Yannick Seigneur fut le précurseur des expéditions alpines en Himalaya, une technique d'ascension reprise par tous les grands alpinistes aujourd'hui. Mais en revendiquant ouvertement d'être un professionnel de l'alpinisme qui commercialise ses exploits, - via le sponsoring, la publicité, la médiatisation et les films - Yannick Seigneur a fortement heurté ses contemporains, qui lui ont reproché de vendre son âme au diable. Il a été rejeté et ostracisé par le milieu de la montagne, car il incarnait une forme de marchandisation de l'alpinisme pour sa seule gloire, un fait devenu banal dans le monde de l'alpinisme... Il n'empêche qu'il a ouvert la voie à la « starisation » des alpinistes dans les années 1980, aux exploits individuels - vitesse, enchaînement de plusieurs sommets - et aux expéditions commerciales dont il fut aussi le précurseur. Être trop en avance sur son époque se paie parfois très cher. Yannick Seigneur fut un alpiniste iconoclaste...

  • En 1950, avec sa couverture sur la conquête de l'Annapurna par Herzog et Lachenal, Paris Match découvre une mine d'or. Le tirage passe de 40 000 à 320 000 exemplaires. Pendant 60 ans, le magazine mettra la montagne à la une. La conquête des 8000, les voies nouvelles dans les Alpes, les avalanches meurtrières constituent une saga dont Paris Match intronise les héros avec un talent narratif et photographique exceptionnel. La montagne a aidé Paris Match mais Paris Match lui a rendu au centuple.

    « Les premières photos de mes ascensions publiées dans ce magazine sont devenues mes meilleures cartes de visite auprès du grand public. Le sésame qui me permettra de vivre pleinement ma passion." Catherine Destivelle Catherine Destivelle explique « La Montagne à la Une » : Le virus de l'édition m'a pris lors de la réalisation de cet ouvrage.

    Je voulais que ce livre soit beau et exprime la véritable histoire de Paris Match et la Montagne. En m'impliquant dans la réalisation de cet ouvrage, je me suis aperçue que finalement je connaissais bien l'histoire de l'alpinisme. Une connaissance acquise non pas dans les livres et les articles mais parfois par les paroles directement échangées avec les acteurs principaux de cette histoire ou simplement par le fait d'être aussi une alpiniste et donc capable de comprendre pourquoi une ascension est plus remarquable qu'une autre ou ce qui est important d'évoquer pour parler d'un exploit ou d'un alpiniste etc Ce que je sais est donc toujours légèrement différent de la version officielle racontée dans la presse. Ce ne sont souvent que des détails mais je trouve important de les évoquer afin que le lecteur puisse saisir ce qui est important pour un alpiniste. J'ai donc pris beaucoup de plaisir à partager ce que je savais, à faire les recherches iconographiques, à commenter, à orienter le texte pour ce livre, La Montagne à la Une.

  • Février 1971 : encordé avec Serge Gousseault, jeune grimpeur inconnu, René Desmaison entre p rend une voie eff ro y able de 1 200 mètres, perdue dans la face n o rd des Grandes Jorasses. L' a v e n t u re va d u rer deux semaines, 342 heures suspendu en plein vide, dans des conditions météo inhumaines (jusqu'à - 40°). Tous les médias sont alertés, la France entière est en haleine. Gousseault meurt d'épuisement, Desmaison est secouru in e x t remis. Commence alors une polémique acharnée qui va durer des années :
    Inconscient, ivre de médiatisation, Desmaison a-t-il délibérément entraîné son compagnon à trépas ? Herzog, maire de Chamonix, vainqueur de l'Anapurna, et la compagnie des guides, ont-ils voulu pre nd re une revanche sur le grimpeur le plus c é l è b re et le plus arrogant de l'époque ?
    Plus de trente ans après le drame des Grandes Jorasses, Philippe Bonhème e n t re c roise témoignages actuels et témoignages d'époque. Trente ans après s u rtout, Philippe Bonhème à côtoyé Desmaison, conversant des heures durant avec lui en vue de publier sa biographie. Le montagnard ne se montrait plus tant attaché à sa version des faits. Il est re g rettable que sa mort survenue en septembre dernier ait suspendu ce projet biographique commun. Philippe Bonhème s'approche ici au plus près de la phychologie du « héros des cimes », sonde ses ressorts, ses défaillances cachées, ses secrètes hésitations et ses nombreuses contradictions. Il nous livre une image certes affectueuse de Desmaison, mais qui brise littéralement le mythe indéboulonnable que l'alpiniste a sciemment entretenu sa vie durant. Les admirateurs de Desmaison sont encore nombreux. Loin d'être choqués par les propos de l'auteur, et à défaut d'une « confession posthume », nul doute qu'ils accueilleront cet ouvrage comme une juste mise au point.

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