LE PRINTEMPS DES POETES 2021 : Le désir

  • Christine de Pizan, née en 1364 à Venise et morte en 1430 à Poissy, a connu de son vivant une très grande renommée et a occupé une place majeure dans la vie intellectuelle et les débats d'idées de son temps. Poète certes, elle écrit aussi avec une autorité reconnue dans les domaines politiques, historiques, philosophiques et est généralement considérée comme la première femme ayant vécu de sa plume.

    Cependant son oeuvre tombe dans l'oubli après la Renaissance et il faut attendre le XXe siècle pour qu'on la relise, regain d'intérêt qui est l'oeuvre de féministes qui voient en elle, souvent à juste titre , une pionnière de leur cause. Elle s'est par exemple opposée vivement à Jean de Meung et à la misogynie du Roman de la rose. Il est temps de relire et redécouvrir une oeuvre dont Jacques Roubaud considère qu'elle atteint un sommet dans l'art de la ballade. C'est Jacqueline Cerquiglini-Toulet qui présente ici, avec enthousiasme et empathie, les fameuses ballades accompagnées d'une traduction en français moderne. Cette parution est autant un événement littéraire qu'une justice rendue.

  • Ce livre de Jaccottet peut servir d'introduction à son oeuvre poétique et littéraire. Cet ensemble de textes sur la campagne contient aussi de très belles méditations sur le travail du poète, sur sa condition d'homme démuni et incertain, privé de tout recours à une foi ou à une idéologie rassurantes. La perception et le sentiment de la nature sont d'une extrême délicatesse et d'une rare ferveur. À travers la description, Jaccottet fait le point sur sa vie de poète, sur sa conception de la poésie.

  • À Mathilde Urrutia.

    [...] Avec grande humilité moi j'ai fait ces sonnets de bois, en leur donnant le son de cette substance opaque et pure, et qu'ils atteignent ainsi tes oreilles. Toi et moi cheminant par bois et sablières, lacs perdus, latitudes de cendres, nous avons recueilli des fragments de bois pur, madriers sujets du va-et-vient de l'eau et de l'intempérie. De ces vestiges à l'extrême adoucis j'ai construit par la hache, le couteau, le canif, ces charpentes d'amour et bâti de petites maisons de quatorze planches pour qu'en elles vivent tes yeux que j'adore et que je chante. Voilà donc mes raisons d'amour et cette centaine est à toi : sonnets de bois qui ne sont là que de cette vie qu'ils te doivent.

    Octobre 1959.

  • « Jouant de tous les registres, depuis les mètres traditionnels jusqu'au poème figuré, jamais Apollinaire n'a montré dans son expression une telle audace et une telle invention.
    Ni dans son inspiration.
    Amant persuadé que Le vice n'entre pas dans les amours sublimes il chante la joie et la douleur des corps sans oublier que "le corps ne va pas sans l'âme", à la fois rêvant d'un inacessible absolu et acceptant les partages les plus dérisoires.
    Soldat vivant au jour le jour les misères des premières lignes, il a le courage de contempler l'insolite beauté que suscite la guerre, et de la dire.
    Mais dans la magnificence de l'amour comme dans l'émerveillement qu'il ressent, artilleur, sur la ligne de feu, il reste, proche de nous, l'homme qui sait sa faiblesse et le prix de l'attente :
    Je donne à mon espoir tout l'avenir qui tremble comme une petite lueur au loin dans la forêt. » Michel Décaudin.

  • « Poésie/Gallimard » est une collection au format poche de recueils poétiques français ou traduits. Chaque volume rassemble des textes déjà parus en édition courante - tantôt du catalogue Gallimard, tantôt du fonds d'autres éditeurs -, souvent enrichis d'une préface et d'un dossier documentaire inédits. Élégant viatique pour les amateurs de poésie, la collection offre des éditions de référence, pratiques et bon marché, pour les étudiants en lettres. Aujourd'hui dirigée par André Velter, poète, voyageur et animateur de plusieurs émissions sur France Culture, la collection reste fidèle à sa triple vocation : édition commentée des « classiques », sensibilité à la création francophone contemporaine (Guy Goffette, Ghérasim Luca, Gérard Macé, Gaston Miron, Valère Novarina...) et ouverture à de nombreux domaines linguistiques (le Palestinien Mahmoud Darwich, le Libanais d'origine syrienne Adonis, le Tchèque Vladimír Holan, le Finnois Pentti Holappa, le Suédois Tomas Tranströmer et récemment l'Italien Mario Luzi, deux mois seulement après sa disparition...).

  • Nuit de foi et de vertu Nouv.

    Depuis la parution de son premier recueil en 1968, Louise Glück n'a eu de cesse de réinventer son art, tout en créant une voix immédiatement reconnaissable, par son mélange de retenue et d'affirmation, son lyrisme visant l'universalité. Dans Nuit de foi et de vertu, paru aux États-Unis en 2014 et récompensé par le National Book Award for Poetry, Louise Glück utilise, en apparence du moins, les ressources de la narration, subtilement détournées au profit de sa poésie, pour explorer le mystère du commencement et de la fin d'une histoire, qui peuvent être aussi ceux d'une vie.
    Ce sont des fragments de récit, mêlant impressions fugaces et détails, qui se répètent et se font écho. Le je qui raconte un souvenir surgi de son passé peut être celui d'une femme dans un poème, puis d'un homme dans le suivant. D'ailleurs s'agit-il d'un moment vécu ou d'un rêve ? Car la forme d'épopée intime propre au rêve, dont les libres associations viennent sans cesse dévier la trajectoire, semble se confondre avec celle du poème. Dans une écriture d'une grande musicalité, dont la beauté vient en partie de l'extrême simplicité, d'amples visions poétiques se déploient, portées par des voix toujours au bord de la confession. Dans cette partition magistrale, Louise Glück parvient une fois de plus à restituer à l'expérience humaine toute son énigme.

  • Cantique des cantiques

    Andre Barbe

    Qu'il me baise d'un baiser de sa bouche?!
    Tes caresses sont plus douces que le vin ;
    Quand elles se mêlent à l'odeur de tes parfums exquis?;
    Ton nom est une huile épandue?;
    C'est pourquoi les jeunes filles t'aiment...

    Le Cantique des cantiques, écrit vers 450 avant Jésus-Christ, d'une sensualité toute orientale, multiplie les métaphores érotiques et se prête à de nombreuses interprétations. Somptueusement illustré par André Barbe, le chant des deux amants rejoint ici le mythe de l'amour total.

  • (Extrait) Il lui a dit : /Tes baisers, tu m'en feras cent lignes. / Voici ce qu'elle lui a répondu... / [...] 7 Je vous embrasse avec mes mains sales / 8 Je vous embrasse avec vos doigts sur ma bouche, dans ma bouche / 9 Je vous embrasse avec lenteur, avec lassitude parfois [...]

  • Les ronces

    Cécile Coulon

    Le recueil Les Ronces de Cécile Coulon est désormais accessible en poche.
    Sa poésie est une poésie de l'enfance, du quotidien, de celles qui rappellent les failles et les lumières de chacun.

  • Les poésies d'amour

    Anna Akhmatova

    • Circe
    • 24 Août 2017

    La nouveauté radicale d'Akhmatova résidait moins dans la « déferlante amoureuse » de sa poésie que dans une poétique inédite. Ayant « puisé dans la prose russe du dix-neuvième siècle sa sensibilité morale, la vérité des motivations psychologiques », elle fait de chaque poème un fragment de nouvelle ou de roman, une page arrachée à un journal intime, retraçant toutes les phases et situations de l'aventure amoureuse.
    «L'héroïne lyrique», comme le notait dès 1923 le poéticien Boris Eichenbaum, est un oxymore incarné, tressant l'émouvant et le sublime au terrestre et à l'effrayant, la simplicité à la complexité, la sincérité à la malice et la coquetterie, la bonté à la colère, l'humilité monastique à la passion et la jalousie ».

  • Une femme en crue, débordante de désir, sa faim de louve hantant la nuit... Un homme de la taille du torrent qui "fait la sourde oreille au jour", happé par le souvenir d'une autre femme... Le sommeil de celle qui s'est noyée... L'ombre de la morte au fond de l'océan... Et puis, la force des liens, les corps inassouvis, l'absence qui "imprègne d'iode le sexe de la femme en crue", la brûlure des doigts, leur tracé de neige des chevilles jusqu'aux seins, la cambrure du dos, ce tremblement où vivre...
    Les personnages du long poème narratif que livre Caroline Boidé porte en eux tous les débordements de la chair et de l'âme. Avec un sens inné de la suggestion, ses fulgurances déliant la prose de la vie, elle dégrafe l'imaginaire du lecteur "jusqu'à la meurtrissure". Hypnotique et saisissant.

  • POESIS réunit dans une anthologie-manifeste revue et augmentée plus de cent cinquante auteurs qui rappellent la nécessité d'« habiter poétiquement le monde ». Cette expression, empruntée à un célèbre vers du poète allemand Hölderlin, n'a jamais cessé depuis deux cents ans d'être citée ou commentée par des écrivains, des poètes et des philosophes de tous les pays.
    Les textes sont regroupés en cinq périodes : Le monde romantique avec Hölderlin, Novalis, Keats, Shelley, Hugo, Sand. Le monde post-romantique avec Emerson, Thoreau, Whitman, Nerval, Baudelaire, Rimbaud, Dickinson. Le monde moderne avec Mallarmé, Apollinaire, Tagore, Pessoa, Lorca, Rilke, Char, Camus, Saint-Exupéry. Le monde du renouveau avec Breton, Borges, Saint-John Perse, Arendt, Pasolini. Le monde contemporain avec Neruda, Bonnefoy, Jaccottet, Le Clézio, Handke, White, Cheng, Bobin, Tesson. et des personnalités issues d'autres disciplines, tels le sociologue Edgar Morin et l'agriculteur biologiste Pierre Rabhi.

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